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Agence Hirondelle d'information, de documentation et de formation, Arusha (Tanzanie): News


11.04.06

RWANDA/GENOCIDE - LA COMMEMORATION DU GENOCIDE ILLUSTRE LA DIFFICULTE DE LA RECONCILIATION

Kigali, le 10 avril 2006 (FH) - Douze ans après le génocide de 1994, le Rwanda n’a pas fini d’enterrer dans la dignité les restes des victimes, une opération à laquelle les proches de «génocidaires» se joignent souvent en traînant les pieds, illustrant ainsi la difficulté du processus de réconciliation.

Le gouvernement ne veut pas que les restes des victimes demeurent éparpillés ça et là, dans des champs, des terrains de jeux ou des latrines. Il entend leur donner une sépulture digne et encourager ainsi le devoir de mémoire et de respect envers le million de personnes, selon les autorités rwandaises, tuées en une centaine de jours. Cette activité s’intensifie chaque année quelques jours avant ou après le 7 avril, date de la commémoration officielle du génocide.

Si la plupart des survivants ont déjà pu exhumer les leurs ensevelis à la hâte ou retrouver des dépouilles laissées à la merci d'animaux, de nombreuses personnes ne connaissent pas encore où se trouvent les restes des membres de leur famille, provoquant angoisses et traumatismes.
Pour ces personnes, la vérité attendue des juridictions gacacas est le seul espoir de retrouver et rendre un jour une sépulture digne à ceux qui leur étaient chers.

A mi-chemin entre la justice traditionnelle rwandaise et la justice conventionnelle, le système gacaca, auquel le Rwanda a recouru pour tenter de vider le contentieux du génocide de 1994, repose surtout sur les aveux de coupables et les récits d’autres témoins. Les membres de la communauté ont le devoir de dire, sous peines de sanctions, qui a tué qui, quand et où a été jetée la dépouille de la victime. Ainsi, à travers le pays, les témoignages de détenus passés aux aveux ont permis de localiser des fosses communes restées jusque là secrètes.

Quand les fosses sont identifiées, les responsables administratifs locaux appellent leurs administrés, au niveau de chaque communauté de base, à exhumer les corps, à les laver, en vue de leur sépulture. Mais, en plusieurs endroits et malgré une forte campagne officielle qui souligne que le devoir de mémoire n’est pas l’affaire des seuls rescapés, les proches des auteurs avérés ou présumés des massacres ne se sentent pas concernés.
Il n’est ainsi pas rare que les survivants se retrouvent presque seuls dans le deuil et face à leurs morts, lors de ces douloureuses expériences que sont les exhumations.

«J’étais désormais seul dans la vie»

Kalisa, la soixantaine, a perdu sa femme et 6 de ses 7 enfants dès les premiers jours du génocide. De retour de sa cachette après la victoire militaire du Front patriotique rwandais (FPR) aujourd’hui au pouvoir, cet artisan tutsi résidant en périphérie de Kigali, en voulait à la presque totalité de ses voisins. «Leurs femmes et leurs enfants étaient toujours en vie, mais moi j’étais désormais seul dans la vie, comme un arbre sans racines ni branches», raconte-t-il, reconnaissant avoir fait jeter en prison certains d’entre eux. C’était l’époque où un rescapé ayant un ami ou un membre de famille au sein de la nouvelle armée pouvait envoyer son voisin en prison sur simple dénonciation. Avec la mise en place et le renforcement du ministère public, il faut désormais disposer de preuves pour faire emprisonner quelqu’un.

«La douleur était alors sans limites, explique Kalisa. Il se peut que certains de ceux que j’ai pointés du doigt soient innocents. Mais qui connaît les coupables et les innocents ? En tout cas pas moi, qui me cachais. A eux de dire, alors que les gacaca ont commencé, qui a tué ma famille ; les coupables seront ainsi punis et les innocents rétablis dans leurs droits ».
Il remercie «de tout cœur» le prisonnier dont le témoignage a permis de localiser les restes des membres de sa famille mais garde sa rancoeur contre ses voisins qui ne lui prêtent pas main forte dans ces moments difficiles. «Vous parlez de réconciliation ? Mais pourquoi, ne veulent-ils pas m’aider à exhumer les miens et à les enterrer dans la dignité? Ca ne leur dit rien, absolument rien ! Le gouvernement prêche dans le désert», déplore le rescapé.

Le responsable administratif reste optimiste

En cette journée consacrée, au niveau de leur communauté, à l’exhumation des enfants et de l’épouse de Kalisa, plusieurs de ses voisins ont quitté leur domicile au premier champ du coq et quand le responsable administratif, Barayagwiza, est venu leur rappeler le devoir du jour, il n’a trouvé que leurs enfants ou leurs femmes.
Interrogé, un de ces «mauvais voisins», comme les appelle le responsable administratif, répond : «Nous avons aussi perdu les nôtres, nous, on n’a pas droit d’honorer les nôtres tués par le FPR !».
Le gouvernement rwandais reconnaît que certains éléments de l’ex-rébellion ont commis des crimes pendant la guerre. Mais, pour lui, ces crimes sont sans commune mesure avec le génocide. En plus, les autorités affirment que les responsables de ces exactions ont été punis.
«Ceux qui invoquent les crimes qui auraient été commis par des éléments du FPR font de l’amalgame, déclare Barayagwiza. Le génocide des Tutsis a été planifié par le gouvernement de l’époque tandis que ces crimes qu’ils invoquent ne rentrent dans aucun plan ; ils sont plutôt le fait d’éléments isolés».
Ce Hutu qui, depuis une dizaine d’années, dirige cette communauté qu’il habite depuis plus de 20 ans, se veut toujours optimiste et estime que la réconciliation va son bonhomme de chemin.
«Certes, beaucoup de gens ne se sentent pas concernés par cette commémoration», reconnaît-il.
«Mais, ajoute-il, il y a quand même quelques personnes, y compris, au sein des familles de «génocidaires» qui se joignent sincèrement aux rescapés dans cette épreuve. Et ces rescapés leur en savent gré. Cela pouvait sembler utopique au lendemain du génocide. Pour moi, la réconciliation est en marche, même si elle va lentement».

ER/PB/MJ

© Agence Hirondelle


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