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TRIBUNAL PENAL INTERNATIONAL POUR LE RWANDA
NEWS DU 6 AVRIL 2004
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RWANDA/GENOCIDE/COMMEMORATION
QUELQUES HEROS DU GENOCIDE
Kigali le 6 avril 2004 (FH) – "Papa, tu pars?" , "Non, j'arrive". La vie a repris son cours normal dans l'orphelinat Gisimba situé dans le quartier Nyakabanda dans la ville de Kigali. Les enfants taquinent à qui mieux mieux un de leurs encadreurs qui est devenu de fait leur "papa". En vain chercheriez vous dans ce lieu, pourtant symbolique de l'humanité durant le génocide en 1994, quelque affiche ou quelque monument qui rappelle tant soit peu ce qui s'est passé il y a dix ans. "L'amour, l'altruisme sont intrinsèquement liés à ce lieu, on a pas besoin de les afficher", commente, sur un ton amusé, Jean Mvejuru, la quarantaine, apparemment un familier du centre.
Même en l'absence de son directeur, Damas Mutenzintare Gisimba, parti en Suisse où il a reçu le prix de la Fondation Paul Grüninger, le centre continue de respirer l'humanité.
Durant le génocide de 1994, l'orphelinat Gisimba a abrité environ quatre cents personnes (orphelins, employés et réfugiés) sans cesse menacés de morts par les miliciens. Ils ont eu à la vie sauve grâce au courage de Damas Mutezintare Gisimba, aujourd'hui honoré sur recommandation d'African Rights, une ONG de
défense des droits de l'homme basée à Londres.
Damas Mutenzintare Gisimba fait partie des rares personnes qui se sont opposées au génocide, en risquant leur vie. En 2003, African Rights a identifié quelques héros du génocide à partir des témoignages de rescapés. Dix-neuf d'entre eux ont été décrits dans l'ouvrage "Rwanda. Hommage au courage". " Nous avons sélectionné dix-neuf caractères pour
cette publication particulière mais nous comprenons qu'I y en a beaucoup d'autres", déclare Elisabeth Onyango, coordinatrice d'African Rights à Kigali, qui ajoute que "l'important était de souligner le courage manifesté par ces gens".
Froduald le maçon
L'un de ces héros est un maçon originaire de Gitarama (centre du Rwanda), Froduald Karuhije. "Ce qu'il a fait, c'est de creuser des tranchées et dans ces tranchées, il a caché des gens", rappelle Elizabeth Onyango. D'autres personnes ont essayé de creuser ce genre tranchées, dit-elle, mais "celles de Froduald étaient bien faites". Les 14 Tutsis qu'il a cachés ont tous survécu. Froduald Karuhije avait peu de moyens, mais il a pu nourrir ces gens, dit Elizabeth Onyango.
Sula, la guérisseuse
Toute aussi dépourvue de moyens, Sula Karuhimbi, une guérisseuse de Gitarama, a également pu sauver des gens. "Elle était très âgée [75 ans] mais elle a sauvé
des gens en utilisant son ingéniosité", selon la coordinatrice d'African Rights à Kigali.
"Elle a joué sur le facteur que beaucoup de gens pensaient qu'elle était une guérisseuse" Brandissant sa puissance magique supposée, elle a pu repousser plusieurs fois les miliciens Interahamwe, jusqu'à ce que les réfugiés soient conduits en un lieu sûr.
Des religieux
Certains hommes et femmes d'église, rwandais et étrangers, font également partie des héros recensés par African Rights. Parmi eux se trouvent un groupe de
prêtres de Cyangugu (sud-ouest du Rwanda) qui ont pu former "un réseau" qui a sauvé beaucoup de gens en leur faisant traverser la frontière congolaise. Il
s'agit notamment des abbés Joseph Boneza, Ignace Kabera, Dieudonné Rwakabayiza, Baudoin Busunyu et Oscar Nkundayezu.
Ces prêtres, comme leurs compères de Kibungo (est), Jean-Bosco Munyaneza, de Gikongoro (sud), Jean-Pierre Ngoga, de Kigali, Célestin Hakizimana, ainsi que la
religieuse de Gisenyi (ouest) , Félicitée Niyitegeka, ou le missionnaire bosniaque Vieko Curic, ont refusé d'abandonner les réfugiés alors qu'ils avaient l'opportunité de fuir.
Un autre étranger qui a décidé de rester aux côtés des victimes, c'est le médecin allemand Wolfgang Blam, qui se trouvait à Kibuye (ouest). "Avec le peu de moyens à sa disposition, il a continué à traiter des blessées et a refusé de partir au moment où d'autres personnes étaient en train de le faire", souligne Elizabeth Onyango.
Des responsables administratifs
L'histoire retiendra également la bravoure de certains responsables administratifs locaux. "Le génocide était encouragé par les dirigeants, alors quand vous avez un responsable administratif qui s'y oppose, il prend beaucoup de risques en faisant le contraire de ce qu'il était supposé faire", déclare la coordinatrice d'African Rights à Kigali. "Ils ont payé
chèrement cela, mais dans l'intervalle ils ont sauvé des gens et l'humanité doit leur en être reconnaissant", indique Elisabeth Onyango.
Parmi ces responsables locaux figurent les anciens maires de Nyabisindu (province Butare, sud), Jean-Marie Vianney Gisagara, et de Mugina (Gitarama), Callixte Ndagijimana, ainsi qu'un conseiller municipal de Mbogo (Kigali rurale), Ladislas Uzabakiriho.
Un commerçant, un vieil homme et une sage-femme
Figurent également sur le palmarès d'African Rights un commerçant de Muhazi (Kibungo), Paul Kamanzi, un vieil homme de Mbogo, Gabriel Mvunganyi, et une sage-femme
de Muhima dans la ville de Kigali, Thérèse Nyirabayovu. Consciente de ce que le nombre de héros du génocide est beaucoup plus important, l'ONG African Rights a
recommandé au gouvernement rwandais d'ouvrir une enquête d'envergure afin de dresser leur liste exhaustive, de créer un mémorial à leur honneur et de
médiatiser leurs exploits. Les rares initiatives déjà existantes sont l'œuvre de privés à l'image des réalisateurs qui ont retracé l'action de l'ancien gérant de l'hôtel des Mille collines, Paul
Rusesabagina.
AT/GF/FH (RW10''0406A) |  |  |