TPIR/KAMBANDA
L’EX PM KAMBANDA INSISTE SUR LE CHOIX DE SON AVOCAT
Arusha, 15 octobre 98 (FH) - L'ex-premier ministre rwandais condamné à la prison à vie pour génocide et crimes contre l'humanité, Jean Kambanda, insiste sur le choix de l'avocat belge Johan Scheers avant de se pourvoir en appel, a-t-on appris jeudi au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).
"Je voudrais insister, une fois de plus, sur le fait que je souhaite que ce soit Maître Johan Scheers qui soit commis pour assurer ma défense" écrit l'ancien premier ministre au bureau du greffier du TPIR dans un courrier daté du 9 octobre, dont l'agence indépendante de presse Hirondelle a reçu une copie.
Jean Kambanda sollicite notamment "l'autorisation, qui m'a jusqu'à présent été refusée, de recevoir la visite de mon avocat, Maître Johan Scheers, au Centre de détention des Nations unies à La Haye".
Le 5 octobre dernier, le greffe avait indiqué par écrit à Jean Kambanda "qu'en raison d'antécédents disciplinaires devant notre juridiction" [...] "Me Johan Scheers ne pouvait être commis par le Greffe".
Mais dans sa lettre du 9 Jean Kambanda rétorque au greffe : "J'estime que les <<antécédents disciplinaires devant votre juridiction>> dont vous faites état dans votre lettre [...] n'ont rien à voir avec la défense de mes intérêts et de mes droits".
Selon le greffe du TPIR, "les antécédents disciplinaires" de Me Scheers se réfèrent à une décision du Tribunal en date du 31 octobre 1996, constatant la carence de l'avocat belge dans l'affaire Akayesu, au jour convenu de l'ouverture de son procès, suite à un différend financier avec le greffe.
"Un désaccord sur des problèmes financiers avec le Greffier ne peut pas constituer une raison acceptable de refuser d'assister à l'ouverture du procès, dont la date avait été fixée en accord avec l'avocat lui-même" indiquait la décision du 31 octobre 1996.
Cette absence, pour "des motifs ni acceptables ni justifiables, constitue des circonstances exceptionnelles" pour le retrait de la commission d'office d'un avocat, tel que prévu à l'article 19 de la directive ad hoc, ajoutait la décision.
Une semaine après sa condamnation en première instance, l'ex-premier ministre Jean Kambanda avait récusé son avocat camerounais commis d'office par le greffe, Me Oliver Michael Inglis, l'accusant notamment d'avoir servi la cause du procureur. Dénonçant les carences de Me Ingliss dans un courrier de cinq pages daté du 11 septembre, Jean Kambanda a exclu de se pourvoir en appel avec cet avocat.
Jean Kambanda indiquait notamment dans ce courrier dont l'agence Hirondelle a reçu une copie que "sans aller jusqu'à remettre en cause ma décision volontaire et consciente de dire la vérité à toute l'humanité sur le drame du peuple rwandais, peu importe les conséquences sur ma propre personne, permettez-moi de remettre en doute certaine pratiques qui entourent mon procès et l'illusion que semblent avoir trouvé certaines personnes d'avoir enfin trouvé l'agneau à immoler pour faire oublier les responsabilités des uns et des autres dans l'extermination du peuple rwandais".
Kambanda suggère en outre que Me Inglis, un ami de trente ans du procureur adjoint Bernard Muna, a été nommé à la hâte, en dépit d'une précédente demande de sa part, en faveur de la commission de Me Scheers, en mars 1998.
Selon Jean Kambanda, Me Inglis a notamment négligé de demander un ajournement du procès "compte tenu de toutes les défaillances dans les procédures qui, de mon point de vue, frisent le scandale".
Enfin, l'ancien premier ministre se plaignait dans sa lettre du 11 septembre de l'absence de mesures de protection de sa famille, seule requête explicite de sa part dans son accord avec le procureur aux fins d'aveux de culpabilité, signé le 8 avril 1998, en présence de Me Inglis.
FB/FH (KM&1015A)
TPIR/JUGEMENTS JUGEMENTS DANS LES PREMIERS PROCES: REACTIONS A KIGALI ET ARUSHA Arusha, 4 septembre 98 (FH) - Les réactions se sont multipliées au Rwanda et à Arusha (Tanzanie), siège du Tribunal pénal pour le Rwanda (TPIR),à la suite des jugements rendus en première instance par le Tribunal dans les deux premiers procès arrivés à leur clôture: la condamnation de l'ex-premier ministre rwandais Jean Kambanda et le verdict de culpabilité à l'encontre de l'ancien marie de la commune de Taba, Jean-Paul Akayesu Interrogé dans la capitale rwandaise Kigali par l'agence indépendante de presse Hirondelle, le président du Collectif des ligues et associations de défense des droits de l'Homme (CLADHO), José Kayijaho, a notamment déclaré: "Nous sommes satisfaits parce des gens niaient le génocide. Avec le jugement de Jean-Paul Akayesu et de Jean Kambanda, la communauté internationale confirme qu'il y a bien eu génocide au Rwanda". "Je dois rappeler aussi un fait nouveau", a poursuivi le président du CLADHO, "car c'est la première fois qu'une personne est reconnue coupable de torture sexuelle comme crime contre l'humanité. [...] Les femmes africaines ont été trop souvent victimes de viols et de torture sexuelle, qui n'étaient même pas avoués, ni même punis." "Jean-Paul Akayesu est donc le premier qui va être puni pour cela et les femmes rwandaises vont pouvoir pour la première fois oser dire ce qui leur est arrivé" a conclu le président du CLADHO. Le secrétaire général de l'Association de soutien aux rescapés du génocide (ASRG), Philibert Musima, a lui aussi fait part de sa "satisfaction" à l'Agence Hirondelle, dès lors que "la communauté internationale reconnaît enfin l'existence du génocide". "Même si cette reconnaissance était effective depuis la création du TPIR", a-t-il précisé, "désormais, il n'y aura plus de doute et de contestation là-dessus". "Nous sommes aussi satisfaits parce que les jugements du TPIR vont nous encourager à éradiquer la culture de l'impunité" a poursuivi Philibert Musima, avant d'ajouter: "Cependant, on ne peut pas ne pas souligner la lenteur du TPIR. Depuis sa création, il n'a rendu que deux jugements". Enfin, le secrétaire général de l'ASRG a souligné que "le TPIR ne devrait pas punir les coupables sans consoler les victimes. Je ne vois pas pourquoi le TPIR n'accepte pas les plaintes pour dommages moraux" a-t-il conclu. Jugement retransmis en direct au Rwanda Le ministre rwandais de la justice, Faustin Nteziryayo, a par ailleurs déclaré sur les ondes de Radio Rwanda, la radio gouvernementale qui avait retransmis le jugement de Jean Kambanda en direct, que cette condamnation constitue "un cas appréciable", ajoutant que "pour une fois, le TPIR juge un génocidaire rwandais". Interrogée par l'Agence Hirondelle à Arusha, l'ambassadrice du Rwanda en Tanzanie, Joy Mukanyange, a estimé que "ce jugement prouve que le génocide a été organisé par l'Etat. C'est très significatif pour tout l'avenir de l'histoire du Rwanda" a-t-elle indiqué, avant d'ajouter :"Nous devons dire au monde que ces actes ne peuvent être tolérés". Pour la diplomate rwandaise, "Jean Kambanda aurait pu être condamné à mort au Rwanda, mais l'important, c'est que justice soit faite" a-t-elle conclu. Mercredi, près de trois ans après son arrestation en Zambie, l'ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, était déclaré coupable de génocide et de crimes contre l'humanité au terme d'un procès de quinze mois. Vendredi, plus d'un an après son arrestation au Kenya, l'ancien premier ministre rwandais Jean Kambanda, qui avait plaidé coupable le 1er mai dernier, a été condamné en première instance à la réclusion à perpétuité pour génocide et crimes contre l'humanité. Ses aveux avaient rendu superflu la présentation de preuve et de témoins. WK/SC/FB/PHD/FH (KM&0904D)
LE PROCUREUR DEMANDE LA PRISON A VIE, LA DEFENSE DEUX ANS, POUR L'EX-PREMIER MINISTRE KAMBANDA Arusha, 3 septembre 98 (FH) - Le procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a réclamé jeudi la réclusion à perpétuité pour l'ex-premier ministre rwandais Jean Kambanda, tandis que son avocat a demandé une peine de deux ans d'emprisonnement. S'exprimant en premier lors de l'audience préalable au prononcé de la peine, le procureur général adjoint Bernard Muna a réclamé à la Cour la peine maximale à l'encontre de l'ancien premier ministre rwandais Jean Kambanda, en poste lors du génocide anti-tutsi et des massacres d'opposants qui ont fait plus d'un demi-million de mort du 6 avril à la mi-juillet 1994 au Rwanda. Le 1er mai dernier, Jean Kambanda avait reconnu s'être rendu coupable des six chefs d'accusation retenus contre lui, pour génocide, complicité dans le génocide, incitation directe et publique à commettre le génocide et crimes contre l'humanité, rendant la présentation de preuves et de témoins superflus, selon la procédure en vigueur. Atténuation éventuelle pour aveux volontaires Le parquet a toutefois demandé à la Cour de prendre en considération "les aveux volontaires" de l'accusé, "sa volonté et sa disponibilité à aider le parquet" pour atténuer la sévérité de la peine. La réclusion à perpétuité est la peine maximale applicable par une juridiction internationale. Un accord secret déposé au greffe du TPIR, passé entre l'ancien premier ministre et le parquet, prévoit notamment que Jean Kambanda devrait témoigner contre d'anciens complices présumés dans d'autres procès devant le TPIR. Le parquet a rappelé jeudi que cet accord ne contient "aucune promesse" en échange des aveux et de la collaboration du repenti. Son contenu pourrait être révélé en tout ou en partie après la condamnation. Une "marionnette" selon la défense L'avocat camerounais de Jean Kambanda, Me Michael Oliver Ingliss, a pour sa part demandé une peine de deux ans, suscitant une réaction d'incrédulité dans le public. Selon Me Ingliss, son client a été une marionnette aux mains d'officiers hauts placés des ex-Forces armées rwandaises (FAR) et des neuf ministres issus de l'ex-parti présidentiel de son gouvernement intérimaire. "Une Jeep militaire est venu le chercher au matin du 7 avril pour l'emmener à l'Ecole supérieure militaire où l'attendait un groupe de hauts gradés. [...] Il n'a pas eu le choix, avant d'avoir pu s'adapter psychologiquement à la situation, il a dû prêter serment [le 8]. Le gouvernement avait été formé sans lui" a notamment expliqué l'avocat. "Il n'a eu aucune part dans la planification [du génocide]. Tout avait été préparé et emballé pour lui. Et les membre du MNRD [l'ex parti présidentiel] lui ont fait baisser la tête lors de chaque réunion ministérielle" a poursuivi Me Ingliss. Dans un second temps, la défense a insisté sur "la volonté actuelle et à venir" de l'ex-premier ministre de collaborer avec le parquet, expliquant qu'il "a eu le sentiment d'avoir le devoir de dire la vérité" a expliqué l'avocat. Ses aveux ont été "sincères, volontaires et libres", motivés par le remords et par la conviction que la vérité, "pierre angulaire de la justice", doit servir la réconciliation au Rwanda, a poursuivi Me Ingliss. A l'appui de sa démonstration, l'avocat sud-africain a lu une lettre qu'une rescapée du génocide écrivait à l'ex-premier ministre le jour de ses aveux, expliquant que "j'aurai pu vous haïr jusqu'à la fin de mes jours, mais votre geste m'a rendu espoir". La juge sud-africaine Nevanenthem Pillay a demandé à la défense en quoi deux ans de prison serviraient la réconciliation au Rwanda. Responsabilité diminuée Pour Me Ingliss, "la responsabilité [de l'ex-premier ministre] était diminuée et deux ans de prison sont bien assez pour lui permettre de réfléchir, de donner un coup de main, et de servir d'exemple aux autres, qu'il faut reconstruire le pays. La haine ethnique doit être effacée" a conclu l'avocat. L'ancien premier ministre n'a fait aucune déclaration. Il ne s'était pas davantage exprimer lors de ses aveux, le 1er mai dernier. Sa peine, prononcée en première instance, devrait être connue demain, le 4 septembre. FB/PHD/FH (KM&0903A)
1ER MAI 1998 TPIR/PROCES KAMBANDA JEAN KAMBANDA POURRAIT DEVENIR UN TEMOIN CLEF DE L'ACCUSATION, SELON LE PROCUREUR ADJOINT Arusha, 1er mai 98 (FH) - L'ancien premier ministre du gouvernement intérimaire rwandais, Jean Kambanda, déclaré coupable de génocide et de crimes contre l'humanité, pourrait devenir un témoin clé de l'accusation, a-t-on appris vendredi au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Lors d'une conférence de presse tenue peu après que l'accusé ait plaidé coupable, l'adjoint du procureur, le Camerounais Bernard Muna a indiqué que Jean Kambanda serait prêt à témoigner dans d'autres affaires. "Il a indiqué que s'il lui était demandé de témoigner sur des faits qu'il connaît, il n'hésiterait pas à le faire" a précisé le procureur Muna, qui a émis l'espoir que son attitude pourrait susciter d'autres aveux. Les vingt-deux autres accusés détenus par le TPIR à Arusha ont tous plaidé non coupable. "Le premier ministre a reconnu le génocide [...], il serait donc difficile de commencer à le nier" a affirmé Bernard Muna, qui attend une décision de la Cour d'appel sur un acte d'accusation de "portée nationale", destiné, selon le parquet, à démontrer la conspiration ayant mené au génocide. Avant d'avoir plaidé coupable, Jean Kambanda a signé un accord avec le parquet, placé sous scellé au greffe du TPIR. Interrogé par le président de première chambre de première instance, le juge sénégalais Laïty Kama, Jean Kambanda a indiqué avoir plaidé coupable sans contrainte, ni promesse. Le procureur adjoint a toutefois précisé au cours de la conférence de presse que la famille de l'accusé devrait bénéficier d'une protection spéciale. Jean Kambanda, 43 ans, est marié et père de deux enfants. Interrogé sur la possibilité pour l'accusé de bénéficier d'une réduction de peine suite à ses aveux, le procureur adjoint a répondu que les statuts du tribunal ne prévoient pas une telle disposition, ajoutant que la condamnation est une affaire des juges. Le procureur devrait soumettre ses réquisitions de peine, et la défense plaider, le 31 août prochain, selon un accord intervenu au cours d'une conférence de mise en état qui a suivi la comparution Jean Kambanda est défendu par l'avocat camerounais Michael Oliver Ingliss, qui a indiqué avoir pris en charge la défense de l'ancien premier ministre il y a trois semaines. "Il m'a dit que qu'en tant que premier ministre, il était prêt à assumer ses responsabilités [et à plaider coupable], je l'ai encouragé à faire ainsi" a notamment déclaré l'avocat camerounais, qui participait à la même conférence de presse. Dès son arrestation en juillet dernier au Kenya, le procureur savait que l'ex-premier ministre allait plaider coupable, a affirmé Bernard Muna. "Mais on ne savait pas s'il allait plaider coupable sur les six chefs d'accusation" a relevé le juriste camerounais. AT/DJJC/FB/PHD/FH (KM&0501d)
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