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Radio Ndeke Luka, Bangui (RCA): Le projet

Chronologie d'une tentative de coup d'Etat



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Radio la plus écoutée de Bangui, Radio Ndeke Luka est gérée par la Fondation Hirondelle sous l’égide des Nations Unies en partenariat avec la représentation du Programme des Nations Unies pour le Développement




Itw du Président Patassé


Radio Ndeke Luka
c/o PNUD
Av. de l’Indépendance
BP 872
Bangui (RCA)


Tél: ++236 61 06 52
ndekeluka@hotmail.com



CHRONOLOGIE DE LA TENTATIVE DE COUP D'ETAT
ET DES EMISSIONS DE RADIO NDEKE LUKA


LUNDI 28 MAI:

Attaque de la résidence du président Patassé vers 2 heures du matin. Attaque simultanée de la radio nationale. Tirs à l'arme automatique et à l'arme lourde pendant le reste de la nuit.

A l'aube, la radio nationale est muette, elle ne démarre pas ses émissions à 5 heures 30 comme d'habitude. Les relais FM de RFI et d'Africa no 1 fonctionnent, mais il y a des périodes de silence, vraisemblablement pour cause de panne de courant, qui vont se répéter pendant les semaines suivantes, par intermittence, surtout en fin de journée.

Radio Ndeke Luka (RNL) fonctionne avec seulement un programme de musique diffusée par ordinateur (comme toutes les nuits), le personnel et le chef de projet, Michael Kuenzli, étant bloqués chez eux. La concession du PNUD, où se trouve la station, est déserte, sauf les gardes de sécurité habituels, et se situe à proximité de l'un des points les plus chauds de la ville, la résidence privée du chef de l'Etat, principale cible de l'attaque de la nuit.

A 8 heures du matin, à la demande de la Fondation Hirondelle (FH) à Lausanne, la décision est prise de suspendre les émissions, en déconnectant l'émetteur, pour éviter qu'elle ne soit prise pour cible ou que l'un des protagonistes n'ait l'idée de s'en emparer. Le chauffeur-technicien Didier parvient à se rendre au PNUD en fin de matinée pour actionner un disjoncteur, non sans avoir au préalable informé les auditeurs de la décision de "suspendre momentanément les émissions". Personne ne circule dans les rues. Aucune radio locale ne fonctionne. Un couvre-feu est décrété par les autorités.

A 16 heures, la représentante-résidente du PNUD, Bebiana D'Almeida, demande à la Fondation Hirondelle de tenter d'émettre à nouveau pour rassurer la population, l'informer de la situation, notamment du couvre-feu, et éventuellement de donner la parole au chef de l'Etat qui a échappé à l'attaque, mais qui est privé de la radio nationale (son porte-parole a contacté l'ONU par l'intermédiaire du PNUD dans ce sens). Le chef de projet et le responsable de la sécurité UN ne peuvent y donner suite, en raison de la situation de sécurité et de l'impossibilité de circuler.

MARDI 29 MAI

La situation est toujours très confuse et les combats violents. Des troupes des rebelles congolais de Jean-Pierre Bemba débarquent dans la matinée en traversant le fleuve Oubangui. L'ONU prépare une évacuation du personnel international non essentiel, mais rapporte l'opération lorsqu'il apparaît que les troupes congolaises viennent en renfort du président Patassé. La FH et le PNUD envisagent l'hypothèse de voir la station réquisitionnée par le gouvernement, privé de la radio nationale.

Le chef de projet reste bloqué à son domicile par les troupes de Jean-Pierre Bemba jusqu'au milieu de l’après-midi et l’arrivée du responsable de la sécurité des UN. Il lui aura fallu 38 heures pour regagner la radio. Il récupère deux journalistes et un technicien après avoir trouvé un arrangement avec le porte-parole de la présidence afin d’obtenir une escorte. Radio Ndeke Luka recommence à diffuser des bulletins d’information à 16 heures 30 et reprend ses programmes sans interruption. La radio est à peu près la seule entreprise à fonctionner en ville, avec l’Enerca (électricité)et la Socatel (télécoms). Le chef de projet décide de dormir à la radio même, son domicile se trouvant dans un quartier chaud. Plusieurs employés font de même.

MERCREDI 30 MAI

Des troupes libyennes débarquent dans la matinée à l'aéroport, avec des hélicoptères en pièces détachées. L'ancien président Kolingba, rival malheureux du Président Patassé aux dernières élections, appelle Radio France Internationale (RFI) pour annoncer que les mutins l'ont porté à leur tête et demande la démission du président Ange Félix Patassé. Il parle de transition pacifique et non de coup d'Etat. Il demande le soutien de la France.

Radio Ndeke Luka participe à une conférence de presse et réalise une interview en français et en sango du Président Patassé. Elle est diffusée en fin de journée. Peu avant, RFI a diffusé une interview plus brève. Le Président dit avoir voulu s'exprimer à travers les trois stations FM en fonction sur place (RFI, Africa no 1 et RNL). Dans son interview à RNL, le président promet d'écraser les rebelles et le retour rapide à la normalité. Il désigne le général Kolingba comme l'auteur du coup d'Etat. RNL diffuse également un extrait de la déclaration de Kolingba diffusée par RFI depuis le matin. La voiture du PNUD que RNL utilise à ce moment là est atteinte par une balle.

JEUDI 31 MAI

Les combats se poursuivent. En fin de journée, l'ancien président Kolingba appelle, sur RFI, à cesser les hostilités et demande la médiation de la France. Il veut rencontrer le ministre de la défense en terrain neutre. La circulation est toujours quasi impossible. Seuls le chef de la sécurité de l’UN et la voiture de Ndeke Luka se déplacent. Cette dernière, qui n’avait pu regagner l’enceinte du PNUD, a été récupérée par le chef de projet et circule en étant protégée par un ou plusieurs soldats. RNL diffuse des bulletins de news pendant la journée et la soirée, avec le plus grand nombre possible de nouvelles locales utiles et précises. A ce moment, toute l’équipe de NL a été récupérée, même les employés se trouvant dans les coins les plus chauds. Leurs familles semblent être indemnes, sauf la tante d'une journaliste, blessée au bras par un éclat d‘obus.

VENDREDI 1ER JUIN

Les "mutins" perdent du terrain, ils sont repliés dans les quartiers sud, le ratissage et la chasse à l'homme commencent dans la ville. La circulation est toujours interdite. Radio Ndeke Luka continue à diffuser des bulletins réguliers. L'archevêque, qui avait joué un rôle de médiateur lors des mutineries en 96 et 97, ne veut pas s'exprimer publiquement. L’ancien président David Dacko, qui avait appelé au calme sur les ondes de RNL lors d'une situation antérieure de tension en novembre dernier, n’est pas à Bangui.

SAMEDI 2 JUIN

Les exactions, règlements de compte et débuts de pillages s'étendent à toute la partie sud et ouest de la ville, dont les quartiers sont ratissés par les Forces armées centrafricaines. Des combats se poursuivent. RNL commence à diffuser des appels au calme et au respect des droits de l'homme. Le premier appel à ouvrir la voie est une Déclaration du système des Nations Unies en RCA lue par Madame D'Almeida, la représentante-résidente du PNUD, suivi par un appel à la raison de l'opposant Abel Goumba et un appel du président de la Ligue centrafricaine des droits de l'Homme, Me Tiangaye.

Le Président Patassé fait installer dans sa résidence privée de Bangui une station de radio. Cette station baptisée "Radio Paix et Liberté" commence à émettre en fin de journée, avec le concours de personnel de la Radio nationale, pour remplacer momentanément la radio d'Etat , dont les émetteurs sont détruits.

DIMANCHE 3 JUIN

Sur Radio Ndeke Luka, diffusion d'appels à la paix et au calme de l'Organisation des femmes centrafricaines (OFCA), du "Réseau des femmes croyantes médiatrices pour la paix", de l'Observatoire centrafricain des Droits de l'Homme (OCDH), de l'Association centrafricaine des Nations Unies (Acanu), et du Réseau de la jeunesse de Centrafrique pour la paix.

LUNDI 4 JUIN

Les exactions et pillages se poursuivent, commis par les troupes centrafricaines, les rebelles congolais et les mutins. Le gouvernement condamne ce qu'il appelle des dérapages, des dérives, mais ne parvient pas à imposer complètement à ses troupes une discipline suffisante. Les troupes congolaises rebelles de J-P. Bemba se signalent par des pillages répétés.

Sur RNL, déclaration du Ministre de la Communication et d’un représentant du parti au pouvoir, le MLPC; bulletins d’information. Appel au calme de l'Ambassade des Etats-Unis.

L’approvisionnement en nourriture se normalise, au grand soulagement de Michael Kuenzli, qui a non seulement du nourrir une partie des employés de la radio pendant les événements, mais aussi les gardiens du PNUD et l’une ou l’autre personne pour qui il a trouvé un refuge. Le chef de projet récupère une grande maison située à proximité du PNUD et y loge une partie du personnel. Deux gardes armés d’une société privée y assurent la sécurité pendant la nuit.

MARDI 5 JUIN

Sur Ndeke Luka, appel au calme et condamnation de la tentative de putsch par le corps diplomatique en RCA. Déclaration du premier vice-président du MLPC. Création de deux groupes au sein du personnel, afin d’assurer également une couverture des événements le week-end.

MERCREDI 6 JUIN

Déclaration du Ministre de l’intérieur. Appels à la paix du Réseau des Jeunes Centrafricains pour la culture de la paix et des Jeunes Ambassadeurs pour la paix de l'UNESCO. Redémarrage partiel du programme habituel de la radio.

Selon l'AFP, près de 50'000 civils ont fui la capitale en direction du sud-ouest. La situation humanitaire est catastrophique. Un premier bilan donné par les agences de presse fait état de 250 à 300 morts depuis la tentative de coup d'Etat (chiffres non confirmés officiellement).

JEUDI 7 JUIN

Le gouvernement par la voix de son ministre de la santé donne un premier bilan officiel sur RNL: 50 morts et une centaines de blessés. RNL diffuse une longue interview de la représentante du PNUD sur la situation humanitaire et sur les mesures qui vont être prises par les autorités, les agences de l'ONU et la communauté internationale. Emission spéciale de RNL avec une dizaine d'interviews d'habitants des quartiers chauds. Interview exclusive sur RNL du ministre de la défense, appelant les militaires à regagner leurs casernes. Appels à la paix du Club de l'Unesco et de l'Association des étudiants centrafricains.

VENDREDI 8 JUIN

La situation se normalise peu à peu et le Président Patassé s'adresse à la nation pour confirmer que les autorités maîtrisent le situation et demander un constat international sur les armes saisies au domicile de l'ancien président Kolingba.

RNL annonce en primeur la réouverture de l'aéroport. Elle diffuse le compte rendu de la réunion de concertation des pays partenaires de la RCA pour faire face à l'urgence humanitaire, la première estimation officielle du nombre de personnes déplacées (80'000) et une interview d'un responsable de l'ONG italienne Coopi décrivant dans le détail la situation des personnes déplacées. Retransmission en direct du discours en sango du président Patassé.

SAMEDI 9 JUIN

RNL diffuse un bilan sanitaire très complet. Elle diffuse plusieurs appels des autorités à la normalisation. Le ministre de la fonction publique appelle à la reprise du travail et le ministre de l'éducation fait le bilan des dommages subis par les bâtiments scolaires et la reprise des cours. Sur RNL, le ministre de la santé publique appelle les blessés à se rendre dans les hôpitaux sans crainte. Les actions de MSF à Bangui font l'objet d'une émission sur RNL.

DIMANCHE 10 JUIN

Le gouvernement constitue une commission mixte d'enquête judiciaire pour faire la lumière sur la tentative de coup d'Etat.

Dans l'après-midi et la soirée, RNL est la seule radio à émettre sur Bangui. RNL fait un bilan sanitaire et des informations sur le prix des denrées alimentaires. Elle diffuse des interviews de personnes déplacées et de victimes de pillages.

LUNDI 11 JUIN

Réouverture des banques et du marché central de Bangui. Des colonnes de milliers de personnes qui avaient fui les violences retournent vers la capitale Bangui, sur la route qui vient de Mbaiki (sud). Elles étaient pour la plupart réfugiées dans des zones où il est possible de capter Radio Ndeke Luka. "Nous avons suivi à la radio que la paix était revenue, alors nous sommes partis à pieds vers cinq heures ce matin de Maka village, à 19 km d'ici", a expliqué à l'AFP Apolinaire Makabo, un vétérinaire accompagné de sa femme et de sa fillette de 15 mois, souffrant de paludisme (extrait d'une dépêche de l'Agence France presse).

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Tout au long des événements, une partie du personnel de Ndeke Luka a fait l’objet de menaces précises. Les bulletins de nouvelles, même s’ils n’ont pas toujours pu être diffusés aux heures habituelles, ont souvent été mis à l'antenne en plus grand nombre, plus tôt et plus tard que dans la grille ordinaire, sans oublier le week-end.

Dans l’ensemble, Ndeke Luka a parfaitement rempli son rôle et a été d'un grand réconfort pour la population. Elle est actuellement la seule radio indépendante émettant à Bangui en français et en sango, à côté de la station FM installée par la Présidence pour remplacer momentanément la radio nationale.

FH/PHD/11 juin 2001


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