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Agence d'Information, de documentation et de formation, Arusha (Tanzanie): Tribunal Pénal International pour le Rwanda

Archives - Jean Paul Akayesu, le témoignage du général Dallaire

Voir aussi:
>> Ancien maire de Taba
>> Les premiers témoins à charge
>> Les crimes sexuels
>> Les témoins de la défense
>> Le témoignage du gén. Dallaire, ex commandant de la Minuar
>> Les témoins de la défense (suite)
>> Le réquisitoire et le plaidoyer
>> Le verdict


26 FEVRIER 1998

TPIR/PROCES AKAYESU

LE GENERAL DALLAIRE AURAIT TENTE UNE MEDIATION PENDANT LE GENOCIDE

Arusha, 26 février 98 (FH) - L'ancien commandant de la Mission des Nations unies d'assistance au Rwanda (Minuar) a tenté une médiation entre le gouvernement rwandais et le Front Patriotique rwandais (FPR) pendant le génocide, a-t-on appris mercredi auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Cité comme témoin par la défense de l'ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, accusé de génocide et de crimes contre l'humanité, le général Dallaire a affirmé avoir essayé d'obtenir un cessez-le-feu entre les belligérants au cours des mois d'avril et de mai 1994.

"On est resté dans un engrenage sans fin qui n'a permis seulement que des trêves de vingt quatre heures. Ca n'a jamais été un cessez-le-feu", a indiqué l'ancien commandant de la MINUAR.

Evoquant les conditions soulevées par chacun des belligérants, le général Dallaire a signalé que le FPR, qui ne reconnaissait pas le gouvernement intérimaire mis en place après la mort du président Habyarimana, exigeait l'arrêt immédiat des massacres, le contrôle de la garde présidentielle et son identification comme unité rebelle.

La partie gouvernementale demandait quant à elle notamment un cessez-le-feu immédiat, la consignation des armes dans une zone contrôlée par les forces et le retour du FPR dans son quartier général de Mulindi (nord du pays), selon le général Dallaire.

Les ex-Forces armées rwandaises (FAR) estimaient qu'elles manquaient de moyens pour arrêter les massacres, a dit l'officier canadien "à moins que le FPR n'arrête la guerre".
Le général Dallaire a pour sa part estimé qu'une restructuration de la tactique des ex-FAR aurait suffi à arrêter les massacres.

Evaluées à trente cinq mille hommes, les ex-FAR avaient la meilleure troupe à Kigali et Ruhengeri et les éléments de moindre qualité dans l'est du pays, selon le général Dallaire.

Parlant des soldats du FPR, le général Dallaire a affirmé qu'ils "sont disciplinés, motivés, prennent soin de leurs armes, reflètent un sérieux dans l'accomplissement de leurs tâches, ont un leadership structuré qui répond à une autorité et aux instructions". Leur effectif était estimé à près de treize mille en 1994, selon le général Roméo Dallaire.

AT/PHD/FH(AK&0226a)

TPIR/PROCES AKAYESU

LE GENERAL DALLAIRE POURRAIT REVENIR TEMOIGNER DEVANT LE TPIR

Arusha, 26 février 98 - L'ancien commandant des bérets bleus au Rwanda, le général canadien Roméo Dallaire, pourrait revenir témoigner devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), a-t-il indiqué jeudi.

S'adressant à la presse, le général Dallaire s'est affirmé "disponible", s'il devait être rappelé comme témoin dans une autre affaire. Selon des informations non confirmées recueillies auprès du parquet, le général pourrait être cité par l'accusation dans le procès du colonel Théoneste Bagosora, qui devrait être ouvert sur le fond le 10 mars prochain, sous réserve d'une jonction d'instance, aux fins d'un procès collectif, qui pourrait en différer l'ouverture.

Le colonel Bagosora a été directeur de cabinet du ministère rwandais de la Défense, de juin 1992 à juillet 1994. Au cours du génocide, il a été ministre de la Défense de facto, selon les termes de son acte d'accusation. Arrêté au Cameroun en mars 1996, Théoneste Bagosora est détenu à Arusha depuis janvier 1997. Il est notamment accusé de génocide et de crimes contre l'humanité.

Soutien au Tribunal

Lors de son point de presse, le général Dallaire a exprimé son "soutien pour le tribunal" dans l'espoir de le voir aider à "éliminer cette atmosphère d'impunité" dans laquelle sont commis des crimes contre l'humanité. Selon le général, "la communauté internationale a le devoir [...] d'éviter que cela se reproduise", et celui d'aider le Rwanda.

Evoquant ses souvenirs personnels de commandant en chef de la Minuar, le général s'est montré ému. Sa déposition devant le TPIR lui a été pénible, dès lors que "en parlant, j'avais l'odeur des massacres dans mon nez", soulignant qu'il n'avait eu "aucune joie à revivre ces expériences".

Interrogé par l'agence de presse Hirondelle sur les restrictions imposées par le secrétaire-général des Nations unies à son témoignage, le général Dallaire s'est déclaré "satisfait" de sa déposition.

Le général Dallaire s'est fait l'avocat de la création d'un tribunal pénal international permanent, ajoutant que son "expérience au Rwanda a confirmé dans mon esprit qu'il est essentiel de donner aux Nations unies la capacité de réagir rapidement face aux crises," a-t-il indiqué, avant d'appeler de ses voeux la création d'une force de "réaction rapide".

La déposition du général Dallaire dans le procès Akayesu avait été suscitée par la défense en novembre dernier. La levée de l'immunité du général, en janvier, était accompagnée de restrictions auxquelles la Cour s'est strictement tenue.

Le procès de Jean-Paul Akayesu devrait reprendre lundi matin avec l'audition d'un témoin de la défense, une femme rwandaise présumée proche de l'accusé, selon des informations sujettes aux contraintes de la protection des témoins.

FB/PHD/FH (AK&0226B)

25 FEVRIER 1998

TPIR/PROCES AKAYESU

GENERAL DALLAIRE : "IL FALLAIT NEUTRALISER LA RADIO DES MILLE COLLINES"

Arusha, 25 février 98 (FH) - L'ancien commandant des forces des Nations unies au Rwanda, le général canadien Roméo Dallaire, a déclaré mercredi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) qu'il avait estimé nécessaire de faire taire la Radio télévision libre des milles collines (RTLM) avant avril 1994, mais qu'il n'en avait pas eu ni le mandat, ni les moyens.

"Il fallait à tout prix neutraliser la RTLM" a déclaré l'ancien commandant des forces de la mission des Nations unies d'assistance au Rwanda (Minuar). "Cette radio incitait les gens à tuer, elle enseignait les gens à tuer, elle indiquait les gens à tuer [...] dont moi-même", a ajouté le général canadien, pour préciser que non seulement la Radio Télévision Libre des Mille Collines appelait à la mise à mort de Rwandais, mais aussi d'expatriés.

Roméo Dallaire était entendu comme témoin expert dans le procès de l'ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, accusé de génocide et de crimes contre l'humanité. Le défenseur centrafricain de l'accusé, Me Nicholas Tiangaye, avait relevé que l'ancien commandant de la Minuar n'avait pas utilisé la force pour faire taire la radio, qualifiée de "radio de la haine" pour ses diatribes à l'encontre des Tutsis et des opposants politiques au régime d'alors.

Reconnaissant que les forces onusiennes au Rwanda n'étaient pas à la hauteur de leur tâche en 1994, le général canadien a avoué son impuissance face à la propagande de la RTLM. "Je n'avais pas le mandat de la fermer, je n'avais pas assez de forces pour attaquer une position aussi stratégique" a-t-il expliqué.

Me Nicholas Tiangaye a rappelé au général canadien qu'il avait accordé une interview exclusive à la RTLM, avant le mois d'avril 1994. Roméo Dallaire a justifié son comportement en affirmant que "la meilleure façon de neutraliser une chose, c'est de l'attaquer de front". Notant au passage que son interview à la RTLM "a été la meilleure entrevue de sa vie", le général canadien a expliqué qu'il a accepté d'être interviewé, afin d'expliquer aux auditeurs de cette radio que les incitations de la "radio de la mort" étaient "inappropriées" et ses accusations "inconcevables".

La RTLM accusait certains contingents de la Minuar, notamment le contingent belge, d'être proches du Front patriotique rwandais (FPR). Composé principalement par des Rwandais descendants des exilés tutsis de 1959, le FPR avait pris les armes en octobre 1990 contre les forces régulières de l'époque, à partir de l'Ouganda voisin.

Un des directeurs et deux anciens journalistes de la RTLM sont en détention à Arusha, dans l'attente de leur procès, pour génocide ou d'autres violations graves du droit humanitaire. Il s'agit du Dr Ferdinand Nahimana, du belge Joseph Ruggiu et du directeur du journal extrémiste anti-tutsi Kangura, Hassan Ngeze.

Au cours de son interrogatoire, le général Dallaire a reconnu et déploré l'inadéquation entre le mandat des forces de la Minuar sous ses ordres, et l'insécurité qui n'a cessé de s'aggraver au Rwanda, dès la signature des accords d'Arusha, en août 1993. Ceux-ci avaient été signés entre le gouvernement de l'époque et le FPR, pour mettre fin à près de trois ans d'hostilités.

Les forces de la Minuar devaient notamment assurer un climat propice pour la mise en place des accords de paix d'Arusha qui prévoyaient la création d'un gouvernement de transition à base élargie.

DJJC/FB/PHD/FH (AK&0225D)

25 FEVRIER 1998

TPIR/PROCES AKAYESU

DEPOSITION DALLAIRE : UNE FORCE INTERNATIONALE AURAIT PU INTERVENIR

Arusha, 25 février 98 (FH) - Une force internationale "équipée, mandatée et structurée" aurait pu s'opposer au génocide anti-tutsi et aux massacres d'opposants politiques de 1994, a indiqué mercredi l'ancien commandant des bérets bleus au Rwanda devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

L'audition du général canadien Roméo Dallaire, entamée mercredi matin, s'est achevée dès mercredi soir. Son témoignage avait été sollicité en novembre dernier par la défense de l'ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, accusé de génocide et de crimes contre l'humanité.

La stratégie de la défense visait à démontrer que si la communauté internationale avait été impuissante face au génocide et aux massacres, un simple bourgmestre aurait eu de la peine à s'y opposer.

Aveu d'impuissance

De fait, l'ancien commandant de la Mission des Nations-Unies d'assistance au Rwanda (Minuar) a admis que "nous étions mal équipés", ne disposant que de 40 % des véhicules blindés requis, dont certains étaient en panne, dépourvus de pièces détachées et de mécaniciens, a-t-il précisé.

Le général Roméo Dallaire a rappelé que la Minuar ne comptait que 2'500 hommes, dont les contingents bengalis, tunisiens et ghanéens étaient sous-équipés. Lors d'un précédente audition, fin septembre-début octobre dans le procès Rutaganda, le capitaine Luc Lemaire, alors commandant d'une compagnie belge à Kigali, avait expliqué que ses hommes ne disposait ni des munitions ni d'un armement approprié.

Néanmoins, devait ajouter le général Dallaire, "avec une force équipée, mandatée, structurée avec pour objectif principal de s'opposer à toute personne armée qui tentait de tuer les civils innocents [...], on avait un créneau de deux ou trois semaines, où on aurait pu intervenir".

Dans les jours qui ont suivi le déclenchement du génocide anti-tutsi et des massacres d'opposants, 1'500 hommes, des troupes françaises et belges bien équipées et bien entraînées, ont rejoint les forces de la Minuar, pour l'évacuation des expatriés, qui s'est achevée mi-avril, avec le retrait du contingent de bérets bleus belges. Mais le mandat de la Minuar, qui lui interdisait de faire feu autrement qu'en cas de légitime défense, n'a été ni étendu, ni modifié.

"Il aurait été possible de faire quelque chose dans les premières semaines. Il y avait une marge d'opération", a affirmé le général Dallaire. Mais "ils ont évacué leurs ressortissants et ils sont partis". Fin avril 1994, les troupes de la Minuar ne comptaient plus que 450 hommes au Rwanda.

"Je n'ai pas ordonné d'opération d'envergure, a-t-il poursuivi, car nous n'étions pas équipés, ni formellement mandatés, et cela m'a été confirmé par mes supérieurs", a tenu à préciser le général Dallaire, dont le supérieur, à l'époque, était l'actuel secrétaire général des Nations-Unies, le Ghanéen Kofi Annan, alors sous secrétaire général chargé des opérations de maintien de la paix.

Restrictions du secrétaire-général des Nations-Unies

Kofi Annan a imposé des restrictions à la déposition du général Dallaire, stipulant qu'elle ne devait "se rapporter qu’à des "questions se rapportant directement aux charges retenues contre l’accusé" et "ne porte pas sur des documents confidentiels [...] sujets à autorisation du secrétaire général".

Selon un texte lu mercredi matin en audience par une représentante légale du secrétaire général des Nations unies, Daphna Shraga, "le procès d'un individu accusé n'est pas le contexte approprié" pour évaluer les forces de maintien de la paix de l'ONU.

Répondant à une question de la défense sur un indicateur surnommé "Jean-Pierre", ancien membre de la sécurité présidentielle, dont les informations firent l'objet d'un télégramme codé expédié par le général Dallaire à ses supérieurs le 11 janvier 1994, le général a indiqué que cela faisait partie de "rapports classés confidentiels et envoyés à New York".
"La question n'a pas été posée", a alors déclaré le juge Kama. Le télégramme codé du 11 janvier 1994 faisait notamment état faisait état de caches d'armes, d'un entraînement militaire de la milice Interahamwe issue de l'ancien parti présidentiel et d'escadrons de la mort. Il a notamment été publié en annexe à l'ouvrage du politologue belge Filip Reyntjens, "Rwanda: trois jours qui ont fait basculer l'histoire".

Le général Dallaire a par ailleurs confirmé ce que d'autres experts entendus devant le TPIR avait déjà expliqué, à savoir que la "seule option" laissée à la population "c'était de tuer ou de se faire tuer [...] parce qu'ils se sentaient menacés".

Le président de la Cour, par ailleurs président du TPIR, le juge sénégalais Laïty Kama a d'autre part coupé court à une question de la défense portant sur la mort de dix de ses soldats, des para-commandos belges, le 7 avril 1994, au camp Kigali. Le juge Kama a estimé que le sujet était "hors de propos".

A la veille de l'audience, lors d'une conférence de presse, le juge Kama avait affirmé "ne pas être au courant" de restrictions imposées à l'audition du général Dallaire et que "les juges pourront poser toutes les questions qu'ils voudront, dans quelque sens que cela soit".

Les Tutsis, cible des violence

Interrogé par Me Nicholas Tiangaye, avocat de Jean-Paul Akayesu, sur les méfaits des "médias de la haine", le général a indiqué avoir "supplié la communauté internationale qu'il fallait à tout prix neutraliser la Radio Télévision Libre des Mille collines (RTLM), qui incitait les gens à tuer". "Je n'ai eu aucune aide" a-t-il ajouté.

Interrogé par l'accusation, le général Dallaire a précisé que ces incitations au meurtre visait la minorité ethnique tutsie. "Dès la quatrième ou cinquième journée, on a commencé de façon évidente à tuer les Tutsis. Les rapports que je recevais me disaient qu'on visait les Tutsis", a-t-il notamment indiqué.

FB/PHD/FH (AK&0225C)


25 FEVRIER 1998

TPIR /PROCES AKAYESU

L'ONU A MANQUE DE MOYENS AU RWANDA, SELON LE GENERAL DALLAIRE

Arusha, 25 février 98 (FH) - L'ancien commandant de la Mission des Nations-Unies d'assistance au Rwanda (Minuar), le général canadien Roméo Dallaire, a reconnu mercredi à Arusha que ses troupes n'ont pas pleinement rempli leur mandat, faute des moyens nécessaires.

Entendu comme témoin expert par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), le général Dallaire a affirmé qu'au soir 6 avril 1994, quand fût abattu l'avion qui transportait les présidents rwandais et burundais, les forces onusiennes n'avaient pas "tout l'appui nécessaire au cas où la situation se détériorerait, ce qui est arrivé d'ailleurs".

Nommé en juillet 1993, le commandant Roméo Dallaire a pris le commandement opérationnel de la Minuar le 22 octobre suivant à Kigali, la capitale rwandaise. L'attentat du 6 avril 1994 a déclenché le génocide anti-tutsi et des massacres d'opposants politiques qui ont fait de 500'000 à 800'000 morts en moins de quatre mois.

L'ancien commandant de la Minuar a indiqué que les troupes déployées au Rwanda provenaient de pays qui n'avaient pas les moyens de leur fournir un équipement adéquat, citant les contingents bengali, ghanéen et tunisien. "Les équipements des Ghanéens n'étaient pas encore arrivés sur place au moment de la reprise de la guerre", a indiqué le général canadien, qui a ajouté que ses missions comportaient de "gros risques".

"La force de réaction rapide que j'avais demandée n'a jamais été au niveau d'être déployée", a indiqué le général Dallaire. "On était en train de l'entraîner dans ses fonctions même au mois d'avril", a-t-il dit.

Roméo Dallaire a en outre indiqué n'avoir reçu que quarante pour cent des véhicules blindés dont il avait besoin, précisant que plusieurs d'entre eux étaient en panne, qu'il n'y avait pas de pièces de rechange, ni de mécaniciens.

Une représentant du secrétaire général de l'ONU, Mme Daphna Shraga avait auparavant indiqué à la Cour que selon le mandat de la Minuar, tel qu'agréé par les parties au conflit rwandais, les soldats de la Minuar ne pouvaient utiliser la force qu'en cas de légitime défense.

Avant l'envoi de troupes onusiennes, un conflit armé avait opposé le gouvernement rwandais au Front patriotique rwandais (FPR), depuis l'insurrection lancée par ce dernier depuis l'Ouganda voisin le 1er octobre 1990, jusqu'à la signature d'un accord de cessez-le-feu en mars 1993, suivi de la conclusion d'accords de paix, à Arusha, le 4 août de la même année.

Déposition sous surveillance

Cité par la défense, le général est interrogé Me Nicholas Tiangaye, l'avocat centrafricain de l'ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, accusé de génocide et de crimes contre l'humanité. Me Tiangaye a été souvent interrompu par le président de la première chambre de première instance du TPIR, le juge sénégalais Laiti Kama, qui voulait éviter que le témoin ne dévoile des documents confidentiels de l'ONU.

Le juge Kama est notamment intervenu quand la défense a voulu en savoir plus sur un informateur rwandais, un certain Jean-Pierre, ancien membre de la sécurité présidentielle, qui faisait notamment état de caches d'armes et de l'entraînement militaire de la milice Interahamwe issue de l'ancien parti présidentiel. Ce rapport avait l'objet d'un télégramme codé transmis par le général Dallaire le 11 janvier 1994 au capitaine Baril, conseiller militaire auprès du secrétariat général des Nations-Unies.

Le général avait précédemment indiqué à la Cour que "l'individu [Jean-Pierre] m'a été rapporté par un dignitaire rwandais très élevé. Je n'ai pas personnellement rencontré l'individu "J.P.", mais j'ai eu par l'entremise de mes collaborateurs des rapports de discussions [avec l'informateur]", a indiqué l'ancien commandant de la MINUAR.

L'actuel secrétaire général de l'ONU, le Ghanéen Kofi Annan, alors responsable des opérations de maintien de la paix, a permis au général Dallaire de témoigner au TPIR, mais sous réserve de restrictions. Selon Kofi Annan, le témoignage ne devrait se rapporter qu’à des „questions se rapportant directement aux charges retenues contre l’accusé“ et „ne porte pas sur des documents confidentiels [...] sujets à autorisation du secrétaire général.“

Lors d'une conférence de presse tenue mardi, le juge Laïty Kama, qui préside également l'ensemble du TPIR, avait souligné que "si les juges veulent poser des questions, ils les poseront, dans quelque sens que cela soit“.

L'audition du général Dallaire se poursuivait mercredi après-midi.

AT/FB/PHD/FH (Ak&0225B)


25 FEVRIER 1998

TPIR/AKAYESU

LE GENERAL DALLAIRE A ENTAME SA DEPOSITION DEVANT LE TPIR

Arusha, 25 février 98 (FH) - L'ancien commandant des forces onusiennes au Rwanda, le général canadien Roméo Dallaire, a entamé mercredi matin sa déposition devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Revêtu de son uniforme des forces armées canadiennes, le général a entrepris d'expliquer à l'aide de cartes l'état des forces en présence au Rwanda, lors du génocide anti-tutsi et des massacres d'opposants politiques de 1994.

Le général Dallaire a commandé les forces de la Mission des Nations-Unies d'assistance au Rwanda (Minuar) avant et pendant les violences. Son témoignage a été sollicité en novembre dernier par la défense de l'ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, accusé de génocide et de crimes contre l'humanité.

Avant que son interrogatoire par les avocats de la défense ne débute, la première chambre de première instance du TPIR a entendu une représentante légale du secrétaire général des Nations-Unies, Mme Daphna Shraga, qui devait préciser la portée des restrictions imposées par le secrétaire général au témoignage du général.
Selon le texte lu par Daphna Shraga, "le procès d'un individu accusé n'est pas le contexte approprié" pour évaluer les forces de maintien de la paix de l'ONU, mais en permettant au général Dallaire de témoigner, le secrétaire général "a fait la preuve de son désir de coopérer" avec le Tribunal, a-t-elle indiqué.

Le secrétaire-général de l'ONU avait accompagné la levée de l'immunité du témoin de restrictions. Selon Kofi Annan, le témoignage ne devrait se rapporter qu’à des "questions se rapportant directement aux charges retenues contre l’accusé" et "ne porte pas sur des documents confidentiels [...] sujets à autorisation du secrétaire général".

Le général Dallaire a commandé la Minuar de juillet 1993 à août 1994. A l’époque, l’actuel secrétaire général des Nations-Unies, le Ghanéen Kofi Annan, était sous-secrétaire général chargé des opérations de maintien de la paix.

Lors d'une conférence de presse tenue mardi, le président du TPIR, le juge sénégalais Laïty Kama, qui préside également la première chambre devant laquelle le général Dallaire est entendu, avait souligné que "si les juges veulent poser des questions, ils les poseront, dans quelque sens que cela soit".

Contexte de crise

Nommé en juillet, le général Dallaire a pris le commandement opérationnel de la Minuar, dans la capitale rwandaise Kigali, le 22 octobre 1993, au lendemain de l'assassinat du président burundais Melchior Ndadaye, premier président élu démocratiquement et premier chef de l'Etat issu de la majorité démographique hutue.
Selon le général, "ce désastre pour la démocratie au Burundi a été soulevé par les autorités politiques, tant du gouvernement de coalition que du FPR [Front patriotique rwandais]. On croyait que le temps d'application du principe de la démocratie était en péril et qu'il fallait être vigilant, quant à l'application des accords [de paix] d'Arusha" a-t-il expliqué.

Plusieurs témoins experts entendus devant le TPIR, dont le politologue belge Filip Reyntjens et le chercheur français André Guichaoua, ont souligné l'exacerbation des tensions au Rwanda à la suite de l'assassinat du président burundais.

Le 23 octobre, une "soirée de solidarité avec le peuple burundais", tenue au stade Nyamirambo de Kigali, a vu les représentants de divers partis politiques jusque-là divisés se rassembler, et donner naissance à la tendance dite "Power" opposée à toute négociation avec le FPR, qui allait scinder l'ensemble de ces partis.

L'audition du général Dallaire devait se poursuivre mercredi après-midi.

FB/PHD/FH (AK&0225A)


24 FEVRIER 1998

TPIR/AKAYESU

TEMOIGNAGE DALLAIRE: LE PRESIDENT DU TPIR IGNORE LES RESTRICTIONS

Arusha, 24 février 98 (FH) - Le président du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), le juge sénégalais Laïty Kama, a indiqué mardi "ne pas être au courant" de restrictions imposées au témoignage de l’ancien commandant des forces onusiennes au Rwanda.

Interrogé par l’agence de presse Hirondelle sur les restrictions imposées par le secrétaire général des Nations-Unies au témoignage de l’ancien commandant de la Mission des Nations-Unies d’assistance au Rwanda (Minuar), le général canadien Roméo Dallaire, le juge Kama a affirmé "ne pas être au courant de ces restrictions".

Le juge Kama a souligné ne pas en avoir pris connaissance formellement et attendre la déclaration préalable au témoignage de la représentante du secrétaire général, Daphna Shraga, pour en connaître l’étendue.

Après avoir rappelé que le général Dallaire sera d’abord interrogé par la défense de l’ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, qui a demandé sa citation comme témoin-expert, le juge Kama a ajouté : "Si les juges veulent poser des questions, ils les poseront, dans quelque sens que cela soit".

Selon le secrétaire-général des Nations-Unies, Kofi Annan, ce témoignage ne doit se rapporter qu’à des "questions se rapportant directement aux charges retenues contre l’accusé" et "ne porte pas sur des documents confidentiels [...] sujets à autorisation du secrétaire général".

Le général Dallaire a commandé la Minuar de juillet 1993 à août 1994. A l’époque, l’actuel secrétaire général des Nations-Unies, le Ghanéen Kofi Annan, était sous-secrétaire général chargé des opérations de maintien de la paix.

L’audition du général Dallaire devrait débuter mercredi.

FB/PHD/FH (AK&0224)
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TPIR/AKAYESU

L'AUDITION DU GENERAL DALLAIRE RETARDEE PAR l’ACCIDENT DE CHEVAL D’UN JUGE SUEDOIS

Arusha, 23 février 98 (FH) - L’audition comme témoin de l’ancien commandant des forces onusiennes au Rwanda, le général canadien Roméo Dallaire, a été repoussée en raison d'un accident de cheval survenu au juge suédois Lennart Aspergren, a-t-on appris lundi au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

"Nous sommes très désolés de ce qui se passe" a indiqué à la presse le président du TPIR, le juge sénégalais Laïty Kama. Saluant "l’événement historique" que représente l’audition du général canadien par le TPIR, le juge Kama a indiqué que celle-ci devrait être possible mardi ou mercredi. "Le juge Aspegren est chez lui, il est conscient, son accident est sans gravité" a-t-il souligné.

Le juge suédois est tombé de cheval dans le courant de la journée de dimanche et aurait subi un léger traumatisme crânien. La présence de trois juges est nécessaire à l’audition d’un témoin. Dimanche soir, le service de presse du TPIR n’était pas au courant de cet accident.

Le général Roméo Dallaire a été commandant de la Mission des Nations-Unies d’Assistance au Rwanda (Minuar) de juillet 1993 à août 1994. Son témoignage a été suscité en novembre dernier par la défense de l’ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, accusé de génocide et de crimes contre l’humanité.

FB/PHD/FH (AK&0223A)
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TPIR/AKAYESU

GENERAL DALLAIRE : UN TEMOIGNAGE SOUS HAUTE SURVEILLANCE

Arusha, 23 février 98 (FH) - Le témoignage de l’ancien commandant des forces des Nations-Unies au Rwanda, le général canadien Roméo Dallaire, a été assorti de restrictions par le secrétaire général des Nations-Unies, a-t-on rappelé lundi au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Selon le secrétaire général des Nations-Unies, Kofi Annan, ce témoignage ne doit se rapporter qu’à des "questions se rapportant directement aux charges retenues contre l’accusé" et "ne porte pas sur des documents confidentiels [...] sujets à autorisation du secrétaire général".

Le témoignage du général Dallaire a été suscité en novembre dernier par les avocats de la défense de l’ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, accusé de génocide et de crimes contre l’humanité. "Nous avons été surpris - alors que les Nations-Unies disposaient d’une force importante et bien équipée - que l’ont ait assisté à une planification du génocide" avait alors indiqué l’avocat camerounais Patrice Monthé.

Un élément de cette planification réside dans le rapport recueilli par la Mission des Nations-Unies d’assistance au Rwanda (Minuar) dès le mois de janvier 1994, auprès d’un informateur rwandais connu sous le pseudonyme de "Jean-Pierre T". Ce dernier, un ancien membre de la sécurité présidentielle et "repenti" de la milice Interahamwe [force paramilitaire issue de l’ancien parti présidentiel], faisait état de caches et de dépôts de munitions, de l’entraînement militaire des miliciens, d’un soutien logistique de la part des Forces armées rwandaises (FAR), et de la création d’escadrons de la mort.

Ces informations furent transmises par le général Dallaire au capitaine Baril, conseiller militaire auprès du secrétariat général des Nations-Unies, dans un télégramme codé, daté du 11 janvier 1994. Alors sous-secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, Kofi Annan devrait avoir eu connaissance de ce document, affirme-t-on de source onusienne.

L’audition du général Dallaire étant censée se limiter "directement aux charges retenues contre l’accusé", des avocats de la défense au TPIR ont relevé que les forces de la Minuar n’étaient pas présentes à Taba, la commune de l’accusé. "Faut-il donc demander à Dallaire pourquoi il n’y a pas envoyé ses hommes ?", ont-ils souligné avec malice, renvoyant ainsi au débat sur la passivité de la communauté internationale avant et pendant le drame rwandais. Le général Dallaire a commandé la Minuar de juillet 1993 à août 1994.

Un autre élément sur les préparatifs du génocide a été transmis au général Dallaire le 4 avril 1994, soit deux jours avant l’attentat contre l’avion présidentiel, qui a déclenché le génocide et les massacres d’opposants politiques, qui ont fait de 500’000 à 800’000 morts d’avril à juillet 1994.

Alors commandant d’une compagnie belge de la Minuar, le capitaine Luc Lemaire, avait recueilli des informations sur la tenue d'une réunion secrète de la Coalition pour la défense de la République (CDR), le 4 avril 1994, où le major commandant du G3, responsable des opérations de la gendarmerie nationale rwandaise dans la capitale Kigali, aurait affirmé "qu’un massacre de Tutsis allait avoir lieu et qu’il fallait en tuer le plus possible". Le capitaine Luc Lemaire a livré cette indication au TPIR lors de son audition dans le procès Rutaganda, le 30 septembre dernier.

Lundi, l’audition du général Dallaire a été repoussée, suite à un accident de cheval dont l’un des juges de la première chambre a été victime dimanche. Son audition devait être précédée d’une déclaration à la Cour d’une représentante légale du secrétaire général, Daphna Shraga, destinée à préciser les limites de la levée de l’immunité pour le témoignage du général Dallaire.

FB/PHD/FH (AK&0223B)
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TPIR/AKAYESU

LE GENERAL DALLAIRE "EMU" PAR SA PRESENCE AU TPIR

Arusha, 23 février 98 (FH) - L’ancien commandant en chef des forces onusiennes au Rwanda, le général canadien Roméo Dallaire, s’est dit "ému" par sa présence au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), lundi, en vue de son audition comme témoin dans le procès Akayesu.

Le général Dallaire a notamment rappelé que c’est dans les murs de l’Arusha International Conference Centre (AICC), qui abritent aujourd’hui le TPIR, qu’avaient été signés, le 4 août 1993, les accords de paix d’Arusha, un fait "d’une certaine portée émotionnelle pour moi" a indiqué le général devant la presse.

Après avoir remercié les Nations-Unies, le Canada et la Tanzanie pour leur soutien, le général a tenu à remercier les médias, exprimant l’espoir qu’ils empêcheront de voir se répéter une pareille tragédie. "En vous demandant de continuer à rappeler au monde cette catastrophe humanitaire, j’espère que la lumière de vos caméras et celle de vos stylos éviteront à jamais que des centaines de milliers d’homme, de femmes et d’enfants soient soumis aux souffrances qu’ont subi les Rwandais" a affirmé le général.

L’audition du général Dallaire devait commencer lundi matin. Elle a été repoussée par un accident de cheval survenu à l’un des trois juges de la première chambre de première instance du TPIR.

Il pourrait être entendu mardi ou mercredi, comme témoin expert cité par la défense dans le procès pour génocide et crimes contre l’humanité de l‘ancien maire de Taba (préfecture de Gitarama), Jean-Paul Akayesu.

FB//PHD/FH (AK&0223C)



TPIR/AKAYESU

L'EX-PREMIER MINISTRE RWANDAIS NE TEMOIGNERA PAS EN FAVEUR D'AKAYESU

Arusha, 17 février 98 (FH) - L’ancien premier ministre rwandais Jean Kambanda, accusé de génocide et de crimes conte l’humanité, ne sera pas entendu comme témoin dans le procès Akayesu, a-t-on appris mardi matin auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

La première chambre de première instance du TPIR, présidée par le juge sénégalais Laïty Kama, a rejeté les trois requêtes de l’avocat centrafricain Nicholas Tiangaye, défenseur de l’ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, accusé de génocide et de crimes contre l’humanité.

Les décisions ont été rendues en l’absence de tout représentant de la presse et du service de presse du TPIR, ces derniers n’ayant pas été prévenus de la tenue de cette audience.
Selon le substitut du procureur, le canadien James Steward, qui rapporte les propos du juge Kama, la comparution de l’ancien premier ministre et d’un membre de son cabinet, Pauline Nyiramasuhuko, également accusée de génocide et de crimes contre l’humanité, „aurait porté préjudice à leur procès“.

L’avocat de Jean-Paul Akayesu avait en outre demandé un transport de la Cour sur les lieux, en commune de Taba, transfert dont le juge Kama „n’a pas vu l’utilité à ce stade de la procédure“, indique James Steward.

Enfin, la demande d’expertise médico-légale des trois frères de l’actuel maire de Taba, semble-t-il tués alors que l’accusé pourchassait son rival, a été rejetée. Selon les propos rapportés du juge Kama, cette expertise ne saurait être concluante, quatre ans après les faits, suite à l’exhumation, puis à un nouvel enfouissement des corps.

La défense entendait mettre en évidence des contradictions dans les dépositions des témoins de l’accusation, certains indiquant que deux des frères auraient été tués par balles, d’autres à coups de machette.

La tenue de cette audience en l’absence de représentants de la presse, après les comparutions initiales inopinées, lundi et mardi matin, de l’ancien maire de Bicumbi Laurent Semanza et du colonel Gratien Kabiligi, ont suscité mardi matin la colère des correspondants accrédités auprès du TPIR.

FB/PHD/FH (AK&0217)
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TPIR/AKAYESU

"UN FONCTIONNEMENT CALAMITEUX" , SELON UN JOURNALISTE FRANÇAIS

Arusha, 17 février 98 (FH) - Des audiences inopinées, dont ni les journalistes, ni le service de presse du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) n’étaient prévenus, ont suscité mardi matin la colère des correspondants accrédités auprès du tribunal.

"Cela ne cesse de se répéter : voilà plusieurs fois cette semaine que des audiences et des comparutions initiales sont organisées au dernier moment, en catimini" s’est insurgé un journaliste français, qui suit régulièrement les audiences depuis mai 1997.

Mardi et mercredi matin, les comparutions initiales de l’ancien maire de Bicumbi Laurent Semanza et du colonel Gratien Kabiligi n’ont pas été annoncées par le TPIR, pas davantage que les décisions rendues par la Cour sur les requêtes de la défense de l’ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, visant notamment à faire citer comme témoin l'ex-premier ministre rwandais Jean Kambanda.

Pour le journaliste français Thierry Cruvellier, rédacteur de la publication „Ubutabera“ [„Justice“, en kinyarwanda, la langue nationale rwandaise] „ça n'est pas ce qu’on appelle des débats publics“. "Cela dénote un fonctionnement du TPIR qui est calamiteux“ estime le journaliste français.

Interrogé par l'Agence Hirondelle, le service de presse s'est refusé à toute déclaration, priant les journalistes de s’adresser au greffe. Mais une source proche de ce service, qui a tenu à rester anonyme, indique : "Cela change tous les jours. A peine imprimé, le calendrier officiel est déjà périmé“ avant de conclure : "Le service de presse du TPIR dispose des mêmes éléments que les journalistes“.

Les services compétents du greffe, qui organisent les audiences, indiquent pour leur part, toujours sous couvert d’anonymat, que c'est à la demande du président du TPIR, le juge sénégalais Laïty Kama, que ces comparutions initiales ont été „intercalées“ dans le calendrier.

"Nous avons eu moins de 24 heures pour organiser ces comparutions“, explique-t-on au greffe, qui souligne que „le but n’était pas de tenir des audiences en catimini, mais de ne pas chômer“. Selon cette source, la suspension des auditions des témoins de la défense dans le procès Akayesu était imprévisible, et plutôt que de s’exposer à une critique déjà fréquente de lenteur procédurale, le TPIR aurait préféré aller de l’avant.

"C’est normal que le TPIR veuille aller de l’avant“ commente Thierry Cruvellier, "mais la moindre des choses, c'est de prévenir“ conclut-il. Selon le greffe, un calendrier remanié aurait été signé le 13 février, mais il n'aurait été mis en circulation que trois jours plus tard.

Autre écueil à la transmission de l’information, les décisions de la première chambre relatives aux requêtes de la défense d'Akayesu n'é'taient pas rédigées, quand elles ont été rendues, indique une source digne de foi au greffe du tribunal.

FB/PHD/FH (AK&0217B)




NEWS DU 11 FEVRIER 1998

TPIR/AKAYEZU

Une soeur et un frère comme témoin de l'ancien maire de Taba

Arusha, 11 février 1998 (FH) - Une soeur et un frère ont témoigné en faveur le l'ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, accusé de génocide et de crimes contre l'humanité, mercredi, devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Originaires de la commune de Taba, les deux témoins cités par la défense étaient mineurs au moment des faits reprochés à l'ancien maire de leur commune. Dépourvus de contacts directs avec l'accusé, ils ont rapporté à la Cour les propos de leur père, proche de Jean-Paul Akayesu.

Selon ces propos rapportés, Akayesu aurait demandé à la population de rester solidaire et de combattre des miliciens qui voulaient envahir Taba. Les témoins, tant de la défense que de l'accusation, ont affirmé à diverses audiences que la police communale, aux ordres de l'accusé, aurait abattu près de dix miliciens au cour d'incidents séparés, avant le 19 avril 1994.

Le 18 avril cependant, Jean-Paul Akayesu aurait prononcé un discours public, incitant au massacre des Tutsis et des opposants politiques, ont rapporté les témoins de l'accusation.

Désignée par les lettres "DIX", pour protéger son anonymat, la soeur a été entendu en premier. Elle a notamment affirmé que dans son entourage, les miliciens ont tué sans distinction d'ethnie. Interrogée par le juge suédois Lennart Aspegren, la jeune fille a refusé de reconnaître que la milice Interahamwe, force paramilitaire issue de l'ancien parti présidentiel,

aurait d'abord visé les Tutsis.

Le témoignage de DIX a été suivi par celui de son frère cadet désigné par les lettres "DJX", par crainte de représailles également. Face à la similitude des deux témoignages, le président de la première chambre de

première instance, le juge sénégalais Laïty Kama, a exigé une explication e Me Nicholas Tiangaye, l'avocat de la défense. Ce dernier a expliqué que ses deux témoins étant frère et soeur, et qu'ayant leur père comme source,

les deux déclarations recueillies le même jour ne pouvaient guère s'écarter l'une de l'autre.

DJX était le premier mineur entendu comme témoin par le TPIR. Il était le huitième témoin de la défense dans l'affaire Akayesu.

DJJC/FB/PHD/FH (AK&0211A)




TPIR/AKAYESU

D'anciens ministres, un ex-préfet, et un général canadien pour témoins

Arusha, 11 février 98 (F) - Un ancien premier ministre, une ex-ministre et un ancien préfet rwandais pourraient être entendus comme témoins dans le procès pour génocide et crimes contre l'humanité de l'ancien maire de Taba, Jean-Paul Akayesu, a-t-on appris mardi au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

L'audition, mardi, d'un frère et d'une soeur, dont les témoignages n'étaient qu'indirects et d'une grande similarité, a mis en évidence les difficultés de la défense à citer ses témoins. Selon Me Tiangaye, lalupart de ceux qu'il avait trouvés "se sont désistés à la dernière minute ou ont changé de domicile".

Selon l'avocat ivoirien, "les Rwandais ont peur de venir témoigner à décharge d'un accusé de génocide, malgré toutes les garanties de sécurité". Il a estimé 'qu'une telle difficulté complique le travail de la défense" et 'qu'elle ne permet pas la manifestation de la vérité".

Parmi les témoins qui se sont désistés figure l'ancien préfet de Gitarama, aujourd'hui directeur au ministère rwandais de l'Intérieur, Fidèle Uwizeye, identifié lundi en audience par une allusion transparente de Me Tiangaye. A la demande de la défense, le tribunal a rendu une ordonnance pour qu'ilcomparaisse. Supérieur hiérarchique direct de l'accusé au début du

génocide, la défense a affirmé que son audition sera capitale pour la défense de l'ancien maire de Taba.

Me Nicholas Tiangaye compte aussi citer comme témoins deux détenus au centre de détention du TPIR à Arusha, qui, de source bien informée, pourraient être l'ancien premier ministre de l'époque, Jean Kambanda, et l'ex-ministre de la Famille, Pauline Nyiramasuhuko. Le tribunal devrait examiner cette requête demain vendredi, lors de la reprise du procès

Akayesu, suspendu après l'audition du 8ème témoin de la défense.

Avant que ses témoins ne se désistent, la défense avait estimé pouvoir poursuivre les auditions sans discontinuer jusqu'au 23 février, date à laquelle le tribunal devrait entendre l'ancien commandant de la Mission des Nations-Unies d'assistance au Rwanda (Minuar), le général canadien Roméo Dallaire.

DJJC/FB/PHD/FH (AK&0211B)



TPIR/DALLAIRE

L ANCIEN COMMANDANT DES CASQUES BLEUS AU RWANDA CITE LE 23 FEVRIER

Arusha, 7 fevrier 98 (FH) - La reprise des proces au Tribunal penal
international pour le Rwanda (TPIR) devrait etre marquee, le 23
fevrier, par la comparution comme temoin du general canadien Romeo
Dallaire, ancien commandant de la force onusienne au Rwanda, cite dans
l affaire Akayesu.


Le secretaire-general des Nations-Unies, Koffie Annam, n a autorise le
general a temoigner que sur des aspects directement lies a l affaire
Akayesu et lui a interdit de devoiler le contenu de certaines notes
redigees par le general, notamment en janvier 1994, quand des signes
alarmants de guerre civile etaient deja perceptibles au Rwanda.


Ces restrictions font l objet de reflexions ameres de certains
avocats, qui notent que "les casques bleus n etaient pas presents a
Taba", la commune dont l accuse etait maire. "Si on ne peut l
interroger que sur les evenements de Taba, faut-il donc lui demander
pourquoi il n y a pas envoye ses hommes ?" demande-t-on avec malice,
renvoyant ainsi au debat de fond sur la passivite de la communaute
internationale face au drame rwandais et a ses signes avant-coureurs.


La defense de l ancien maire de Taba, accuse de genocide et de crimes
contre l humanite, pourrait demander la citation d autres temoins qui
pourraient se reveler tout aussi importants, mais exempts de
restrictions. Deux requetes dans ce sens devraient etre exposees a la
premiere chambre de premiere instance du TPIR, le 13 fevrier prochain.


AT/FB/FH (AK&0207)

Voir aussi:
>> Ancien maire de Taba
>> Les premiers témoins à charge
>> Les crimes sexuels
>> Les témoins de la défense
>> Le témoignage du gén. Dallaire, ex commandant de la Minuar
>> Les témoins de la défense (suite)
>> Le réquisitoire et le plaidoyer
>> Le verdict



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