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Reportage à Niamey d'une journaliste de Studio Kalangou, le programme d'information de la Fondation Hirondelle au Niger. ©Anne Mimault / Fondation Hirondelle Reportage à Niamey d'une journaliste de Studio Kalangou, le programme d'information de la Fondation Hirondelle au Niger.

"Dans une société en crise, le journalisme peut recréer du lien"

Sur la base des 23 ans d’expérience institutionnelle de la Fondation Hirondelle, sa directrice générale Caroline Vuillemin analyse les enjeux de la production journalistique dans des pays en conflit ou en crise. Entretien réalisé pour le premier numéro de « Médiation », notre nouvelle publication semestrielle.

Depuis 23 ans, la Fondation Hirondelle fournit de l’information à des populations confrontées à des crises. Quels sont pour vous les principaux enjeux de l’information dans ces contextes ?
Ce qui manque le plus souvent dans des sociétés confrontées à des crises majeures, c’est une information fiable, c’est-à-dire une information qui puisse constituer un repère pour que chacun puisse prendre des décisions dans sa vie alors que toutes les autres institutions sont défaillantes ou détruites. Il faut donc produire cette information fiable, d’une part car elle existe rarement en dépit des moyens croissants d’accès numériques à l’information, d’autre part car elle contribue à refonder la confiance dont ces sociétés ont besoin. Le secteur médiatique des sociétés en conflit ou en crise est à leur image : fragile, fragmenté, polarisé. Dans ce contexte, nous essayons de répondre aux besoins en information, en étant attentifs à deux contraintes : la nécessité d’assurer la sécurité des journalistes, des sources et de toutes les parties prenantes à nos programmes médiatiques ; la nécessité d’assurer les compétences journalistiques et techniques des personnes avec qui nous travaillons.

Pour répondre à ces besoins et défis, quels sont les principes de travail de la Fondation Hirondelle ?
Par souci d’accessibilité et d’équilibre, nous veillons à travailler dans les langues du pays, avec des journalistes du pays et représentatifs de la diversité du pays où nous intervenons. Au-delà du traitement factuel de l’actualité, nous produisons des émissions de débat où le journaliste est le facilitateur d’un dialogue en direct entre différents acteurs - gouvernement, opposition, ONG, autres parties prenantes… - qui par ailleurs ont peu l’occasion de se parler dans un cadre de confiance. Pour qualifier notre approche, je parlerais volontiers de « journalisme responsable ». Notre première préoccupation reste la vérification des informations car en zone de conflit, l’enjeu de la fiabilité d’une information peut être une question de vie ou de mort. Nous sommes très attentifs à la façon dont nous publions des informations relatives à des violences et conflits armés : plutôt que de les livrer brutes, nous organisons un dialogue autour de ces informations avec une pluralité d’acteurs représentative des composantes sociales et politiques du pays, ce qui contribue à apaiser l’effet inquiétant ou clivant que ces informations pourraient avoir sur les auditeurs.

Ce « journalisme responsable » doit-il selon vous aller au-delà d’une stricte couverture de l’actualité, en aidant les individus à agir pour surmonter les crises auxquelles ils font face ?
Je suis convaincue qu’au-delà du seul établissement des faits, le rôle du journalisme est d’accroître la connaissance et les moyens de compréhension de chacun pour permettre ensuite à tous d’agir. Cela n’est pas propre aux pays en conflit ou en crise. Dans ces contextes en revanche, le journalisme que nous pratiquons accompagne les auditeurs sous la forme d’une présence humaine rassurante : « Radio Ndeke Luka, c’est notre amie », entend-on ainsi en République centrafricaine. Nous nous attachons à donner la parole à tout le monde, notamment aux majorités silencieuses souvent exclues des cercles de pouvoir (femmes, jeunes…) et aux minorités religieuses ou ethniques sous-représentées dans les institutions. Le projet que nous inaugurons au second semestre 2018 dans les camps de réfugiés rohingyas du Bangladesh vise ainsi à accompagner ces communautés traumatisées et déracinées, en leur fournissant à la fois des informations pratiques pour faciliter leur vie quotidienne et des programmes culturels qui leur permettent d’alléger leur souffrance et de partager leur situation, leur histoire avec d’autres membres de leur communauté. Là où une crise a désuni une société, le journalisme peut en effet contribuer à recréer du lien social.

Téléchargez ici l'intégralité du premier numéro de "MEDIATION", la nouvelle publication semestrielle de la Fondation Hirondelle.