{"id":1129,"date":"2020-04-29T08:57:22","date_gmt":"2020-04-29T06:57:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.hirondelle.org\/le-defi-du-journalisme-confine-a-madagascar"},"modified":"2020-04-29T08:57:22","modified_gmt":"2020-04-29T06:57:22","slug":"le-defi-du-journalisme-confine-a-madagascar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.hirondelle.org\/fr\/le-defi-du-journalisme-confine-a-madagascar","title":{"rendered":"Le d\u00e9fi du journalisme en mode confin\u00e9 \u00e0 Madagascar"},"content":{"rendered":"<p><strong>Misa Ramisarivelo est R\u00e9dactrice en Chef du Studio Sifaka, programme radiophonique pour les jeunes \u00e0 Madagascar, cr\u00e9\u00e9 par les Nations-Unies en partenariat avec la Fondation Hirondelle. Elle explique les effets de la pand\u00e9mie du Covid-19 sur son pays, et sur le travail des journalistes.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Alors que le pays n\u2019a connu jusqu\u2019ici officiellement aucun d\u00e9c\u00e8s li\u00e9 au Coronavirus et que le nombre de personnes infect\u00e9es semble tr\u00e8s limit\u00e9, quelles sont les cons\u00e9quences concr\u00e8tes de la crise du Covid-19 pour la population \u00e0 Madagascar, au-del\u00e0 de l\u2019aspect sanitaire ?<\/strong><\/p>\n<p>Effectivement, Madagascar est \u00ab \u00e9pargn\u00e9 \u00bb par cette \u00e9pid\u00e9mie par rapport \u00e0 d\u2019autres pays en d\u00e9pit des conditions de vie pr\u00e9caire de la population en g\u00e9n\u00e9ral et des probl\u00e8mes d\u2019acc\u00e8s aux soins en particulier. Mais si on a r\u00e9ussi \u00e0 contenir la propagation du virus et \u00e0 bien traiter les malades, la situation \u00e9conomique et sociale, voire politique, est loin d\u2019\u00eatre ma\u00eetris\u00e9e. Au contraire, l\u2019\u00e9pid\u00e9mie n\u2019a fait qu\u2019affaiblir la sant\u00e9 \u00e9conomique du pays d\u00e9j\u00e0 fragile apr\u00e8s la crise sanitaire li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de peste en 2017.<\/p>\n<p>Le confinement partiel a dur\u00e9 un mois dans deux principales villes de Madagascar, Antananarivo et Toamasina. Si les gens ont respect\u00e9 \u00e0 la lettre les consignes pendant la premi\u00e8re quinzaine, des manifestations ont ensuite commenc\u00e9 dans les deux villes. Elles sont li\u00e9es \u00e0 la distribution des aides de l\u2019Etat et \u00e0 l\u2019interdiction de circuler. Beaucoup de gens qui travaillent dans l\u2019informel comme les marchands de rue, les tireurs de pousse, les m\u00e9caniciens des quartiers, et d\u2019autres ouvriers ne figurent pas dans le plan d\u2019urgence social annonc\u00e9 par le gouvernement. Il en est de m\u00eame pour les ind\u00e9pendants dont les enseignants vacataires, les garagistes, les agriculteurs. Cette liste n\u2019est pas exhaustive. Des secteurs d\u2019activit\u00e9 informelle sont durement touch\u00e9s par les mesures de restrictions sanitaires. Les m\u00e9nages souffrent du manque \u00e0 gagner. Pour les entreprises qui ont d\u00fb fermer leurs portes, le probl\u00e8me est autre et plus grave avec la gestion des ressources humaines, les \u00e9ch\u00e9ances bancaires, le loyer etc.<\/p>\n<p>Sur le plan politique, la relation de confiance n\u2019existe pas entre les dirigeants et le peuple. Le Chef de l\u2019Etat n\u2019a cess\u00e9 d\u2019appeler les gens \u00e0 faire confiance aux gouvernants dans les strat\u00e9gies adopt\u00e9es pour faire face \u00e0 la crise lors de ses interventions t\u00e9l\u00e9visuelles. Cela ne fait qu\u2019exacerber les tensions. M\u00eame le nouvel ordre soci\u00e9tal, appel\u00e9 comit\u00e9 Loharano, qu\u2019a voulu installer le gouvernement au niveau des quartiers n\u2019a pas donn\u00e9 l\u2019effet escompt\u00e9 alors qu\u2019il est pr\u00e9vu que toute organisation ou proposition parte de cette base et soit transmis au sommet. Le comit\u00e9 n\u2019a fait qu\u2019alourdir les missions d\u00e9j\u00e0 assign\u00e9es aux Fokontany, le premier \u00e9chelon administratif \u00e0 Madagascar. <br \/>Sans surprise, on a vu l\u2019intensification de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, de plus en plus d\u2019attaques arm\u00e9es, de cambriolages dans plusieurs quartiers et m\u00eame le retour du kidnapping, qui \u00e9tait quasi inexistant durant le premier trimestre de cette ann\u00e9e. Mais aussi l\u2019amplification des trafics d\u2019animaux prot\u00e9g\u00e9s et l\u2019exploitation d\u2019aires prot\u00e9g\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Comment cette crise impacte-t-elle le travail des journalistes ?<\/strong> <\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but de la crise en Chine, des \u00ab fake news \u00bb inondent la toile. D\u00e9sorient\u00e9s, les gens ne savent pas trop que croire, \u00e0 quels m\u00e9dias ou citoyens accorder de la confiance, notamment sur le r\u00e9seau social Facebook. Ce dernier devient par ailleurs une machine \u00e0 r\u00e9pandre \u00e0 toute vitesse des \u00ab informations \u00bb en vrac (vid\u00e9os \u2013 photos \u2013 rumeurs-d\u00e9sinformations). Beaucoup de gens ont tendance \u00e0 donner de la cr\u00e9dibilit\u00e9 \u00e0 ce genre de publications car, dit-on, elles montrent ce que les m\u00e9dias n\u2019abordent pas dans leur \u00e9dition.<\/p>\n<p>En fait, les journalistes veulent r\u00e9pondre aux besoins d\u2019informations des gens et \u00e0 leur pr\u00e9occupation mais en temps de crise, la libert\u00e9 d\u2019informer est touch\u00e9e par les restrictions. Le gouvernement malgache par exemple a limit\u00e9 le nombre de personnes qui peuvent intervenir sur le Covid aux membres du centre de commandement op\u00e9rationnel Covid19, d\u00e9nomm\u00e9 CCO-Covid-19. Ces derniers, qui sont pour la plupart des professeurs et des m\u00e9decins sp\u00e9cialistes ou des g\u00e9n\u00e9raux des forces de l\u2019ordre, assistent tout le temps \u00e0 des r\u00e9unions, pr\u00e9parent leurs ripostes ou sont sur terrain. Du coup, ils sont rarement disponibles pour r\u00e9pondre aux questions des m\u00e9dias. Et les sources qui ne figurent pas dans le cercle officiel acceptent rarement de donner des explications par peur d\u2019\u00eatre tax\u00e9 de fauteur de \u00ab troubles \u00e0 l\u2019ordre public \u00bb. Par ailleurs, le service de lutte contre la cybercriminalit\u00e9 multiplie les actions de r\u00e9pression contre les auteurs ou colporteurs de rumeurs, de diffamations, de fausses informations sur Facebook.<\/p>\n<p>La bipolarit\u00e9 des m\u00e9dias, semblable aux p\u00e9riodes de propagande, est plus que jamais visible, en raison de leur appartenance \u00e0 des hommes politiques opposants ou proche du pouvoir. Les sources d\u2019informations ne sont pas diversifi\u00e9es, la parole est donn\u00e9e \u00e0 un cercle tr\u00e8s restreint. Ce qui expose les jeunes et la population \u00e0 de la d\u00e9sinformation voire de la manipulation.<\/p>\n<p><strong>Comment vous \u00eates-vous organis\u00e9e avec votre r\u00e9daction, constitu\u00e9e de journalistes tr\u00e8s jeunes, pour continuer \u00e0 travailler malgr\u00e9 le confinement ? Quels sont les difficult\u00e9s principales que vous devez surmonter ?<\/strong> <\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019annonce du confinement partiel pour la capitale, nous avons pris la d\u00e9cision d\u2019effectuer le t\u00e9l\u00e9travail m\u00eame si cela rel\u00e8ve d\u2019un v\u00e9ritable d\u00e9fi, tant sur le plan technique qu\u2019organisationnel. La protection des journalistes \u2013 en tant que ressources humaines est essentielle. Il faut faire en sorte que le processus de travail \u00e0 distance marche pour assurer un programme d\u2019une heure par jour aux auditeurs. Car en p\u00e9riode de crise, la radio joue un r\u00f4le important pour \u00e9duquer, vulgariser, et donner des informations fiables et cr\u00e9dibles. Nous avons donc inform\u00e9 nos journalistes de la d\u00e9cision de respecter le confinement tout en assurant le travail r\u00e9guli\u00e8rement.<\/p>\n<p>Pendant la premi\u00e8re quinzaine, la conseill\u00e8re \u00e9ditoriale, le directeur de la radio, la r\u00e9dactrice en chef ainsi que le r\u00e9dacteur en chef adjoint, assist\u00e9 par le responsable \u00e9ditorial de la Fondation Hirondelle, ont assur\u00e9 les journaux parl\u00e9s et les chroniques quotidiennes. Nos deux animateurs ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s pour assurer la pr\u00e9sentation et la partie animation. Avec deux r\u00e9unions journali\u00e8res au d\u00e9but et \u00e0 la fin de la journ\u00e9e pour la coordination et la pr\u00e9paration. Nous avons organis\u00e9 les journalistes en 5 groupes de travail \u00e0 distance. Ils \u00e9taient mobilis\u00e9s pour faire de la veille informationnelle, publier des informations sur les r\u00e9seaux sociaux et \u00e9crire des articles pour le site web.<\/p>\n<p>A partir de la deuxi\u00e8me quinzaine, nous avons int\u00e9gr\u00e9 les chefs de chaque groupe de travail dans la pr\u00e9paration du programme. Au d\u00e9but nous avions peur de nous retrouver \u00e0 court de sujets\u2026 Mais cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas. Nos journalistes en herbes nous surprennent tous les jours. Certains se sont m\u00eame am\u00e9lior\u00e9s ; on est devenu plus proche en s\u2019appelant souvent et on a plus de temps pour parler en d\u00e9tail des angles et des lacunes de chacun.<\/p>\n<p>La grande difficult\u00e9 c\u2019est la connexion internet. Le d\u00e9bit de la connexion change d\u2019un quartier \u00e0 un autre et d\u2019un op\u00e9rateur \u00e0 un autre. Nous utilisons une connexion de type r\u00e9seau mobile 4G mais il y a toujours quelqu\u2019un d\u2019entre nous qui connait un ralentissement de la connexion au moment de l\u2019envoi des sujets mont\u00e9s. Certains quartiers subissent aussi des coupures d\u2019\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous avons aussi plus de mal \u00e0 trouver des intervenants. La plupart ne pr\u00e9f\u00e8re pas s\u2019exprimer sur les informations officielles donn\u00e9es par le gouvernement. Certes, nous reprenons r\u00e9guli\u00e8rement certaines de ces informations mais nous voulons privil\u00e9gier les angles qui int\u00e9ressent aussi notre cible.\u00a0 Les avis des experts, des t\u00e9moins, des entrepreneurs ou des connaisseurs sont les bienvenus mais souvent ils se d\u00e9sistent au dernier moment, m\u00eame apr\u00e8s avoir fix\u00e9 un rendez-vous. G\u00e9rer ainsi le remplacement d\u2019un sujet par un autre rel\u00e8ve d\u2019un vrai casse-t\u00eate, mais on s\u2019adapte.<\/p>\n<p><strong>Quel r\u00f4le un programme d\u2019information pour les jeunes comme celui de Studio Sifaka peut-il jouer face \u00e0 une telle crise ?<\/strong> <\/p>\n<p>Le Studio Sifaka est un m\u00e9dia jeune qui \u0153uvre pour la promotion de la paix, une mission plus que jamais d\u2019actualit\u00e9 depuis l\u2019arriv\u00e9e de cette pand\u00e9mie. Les jeunes sont tr\u00e8s affect\u00e9s par la propagation du covid-19 et les mesures appliqu\u00e9es dans le pays. Fermeture des \u00e9coles et universit\u00e9s, suspension d\u2019un certain nombre d\u2019activit\u00e9s et restriction de la circulation. Du coup, ils ont une vision tr\u00e8s floue de leur avenir et cherchent davantage d\u2019informations susceptibles de les aider \u00e0 prendre des d\u00e9cisions et \u00e0 y voir plus clair. Les inviter \u00e0 prendre la parole leur permet d\u2019exprimer ce qu\u2019ils ressentent et d\u2019exposer leur pr\u00e9occupation m\u00eame si c\u2019est un peu difficile de les mettre en confiance.<\/p>\n<p>Le programme du Studio Sifaka n\u2019est pas seulement ax\u00e9 sur l\u2019actualit\u00e9 mais il est \u00e9galement compos\u00e9 d\u2019animation musicale et d\u2019\u00e9missions \u00e9ducatives et divertissantes. Bient\u00f4t, nous allons encore mettre en place des contenus culturels pour \u00e9quilibrer le programme propos\u00e9 \u00e0 nos jeunes auditeurs : des contes, des sketchs, du th\u00e9\u00e2tre radiophonique ou des concours qui mettront en avant leurs talents.<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Misa Ramisarivelo est R\u00e9dactrice en Chef du Studio Sifaka, programme radiophonique pour les jeunes \u00e0 Madagascar, cr\u00e9\u00e9 par les Nations-Unies en partenariat avec la Fondation Hirondelle. 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