{"id":1602,"date":"2022-01-13T13:35:04","date_gmt":"2022-01-13T12:35:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.hirondelle.org\/engager-le-public-dans-la-production-de-l-information"},"modified":"2022-01-13T13:35:04","modified_gmt":"2022-01-13T12:35:04","slug":"engager-le-public-dans-la-production-de-l-information","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.hirondelle.org\/fr\/engager-le-public-dans-la-production-de-l-information","title":{"rendered":"Engager le public dans la production de l\u2019information"},"content":{"rendered":"<p><strong>Directrice de l\u2019Acad\u00e9mie du Journalisme et des M\u00e9dias \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel, Nathalie Pignard-Cheynel\u00a0 dirige le projet LINC (Local, Innovation, News, Communaut\u00e9), qui recense les initiatives de m\u00e9dias locaux en Europe francophone pour impliquer le public dans la production de l\u2019information. Elle est \u00e9galement membre du Conseil de la Fondation Hirondelle. Entretien publi\u00e9 dans le 8\u00e8me num\u00e9ro de notre publication semestrielle <em>M\u00e9diation<\/em>, consacr\u00e9 au th\u00e8me \u00ab\u00a0Prendre en compte les voix du public\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Quel est le point de d\u00e9part du projet LINC ?<\/strong><\/p>\n<p>Nathalie Pignard-Cheynel : Depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, on observe une tendance des m\u00e9dias \u00e0 vouloir se rapprocher de leurs lecteurs et plus largement des citoyens. Le mouvement du Public Journalism (ou Civic Journalism) conceptualis\u00e9 par Jay Rosen et Davis Merritt aux Etats-Unis, \u00e9tait d\u00e8s les ann\u00e9es 1990 une r\u00e9ponse au constat de l\u2019\u00e9litisme croissant des m\u00e9dias et de leur \u00e9loignement du terrain. Dans les ann\u00e9es 2000, avec l\u2019av\u00e8nement du num\u00e9rique, les m\u00e9dias de large audience ont ouvert leurs sites web aux blogs personnels et aux contenus envoy\u00e9s par les lecteur\u00b7rice\u00b7s. C\u2019\u00e9tait un premier \u00e2ge d\u2019or du journalisme participatif, mais cette tendance s\u2019est essouffl\u00e9e. Dans le contexte actuel de crise, il m\u2019a sembl\u00e9 utile de voir comment les m\u00e9dias locaux, qui sont par d\u00e9finition des m\u00e9dias de proximit\u00e9 et de lien, s\u2019emparaient du num\u00e9rique pour repenser les liens avec leurs publics ; les technologies favorisent-elles la proximit\u00e9 et le lien, ou faut-il au contraire s\u2019en extraire pour r\u00e9tablir la confiance avec ses lecteur\u00b7rice\u00b7s ? Un financement du Fonds national suisse a permis de r\u00e9unir une dizaine de chercheur\u00b7se\u00b7s pour analyser les initiatives que des m\u00e9dias locaux en Europe francophone (France, Belgique francophone, Suisse romande) mettent en \u0153uvre pour renouer avec leur public : le projet LINC (Local, Innovation, News, Communaut\u00e9) \u00e9tait n\u00e9. Entre fin 2018 et fin 2020, nous avons recens\u00e9 550 initiatives mises en \u0153uvre par un peu plus de 140 m\u00e9dias, que nous avons r\u00e9unies en une base de donn\u00e9es . Nous avons compl\u00e9t\u00e9 cette \u00e9tude quantitative par onze \u00e9tudes de cas qualitatives.<\/p>\n<p><strong>Sur quoi portent les initiatives que vous avez analys\u00e9es ?<\/strong><\/p>\n<p>Les initiatives les plus nombreuses portent sur l\u2019\u00e9ditorial : consultations du public sur les sujets \u00e0 traiter, appels \u00e0 contribution sur des reportages ou des enqu\u00eates\u2026 L\u2019\u00e2ge d\u2019or du journalisme participatif semble revivre \u00e0 travers ces initiatives des m\u00e9dias locaux, mais avec une diff\u00e9rence de taille : l\u2019intervention du public est d\u00e9sormais beaucoup plus cadr\u00e9e et int\u00e9gr\u00e9e au travail des journalistes, comme par exemple dans les enqu\u00eates collaboratives. Un exemple marquant est la campagne #BalanceTonTaudis, lanc\u00e9e par le quotidien La Marseillaise au lendemain de l\u2019effondrement d\u2019un immeuble qui avait caus\u00e9 la mort de huit personnes en novembre 2018 dans le centre de Marseille. Il s\u2019agissait l\u00e0 d\u2019impliquer les citoyen\u00b7ne\u00b7s non seulement dans la construction de l\u2019information \u2013 chacun\u00b7e \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 nommer et documenter un immeuble risquant de s\u2019effondrer \u2013 mais aussi dans un processus d\u2019interpellation des politiques pour faire changer les choses. Sur la base des informations ainsi recueillies, La Marseillaise a fini par organiser un \u00e9v\u00e9nement de type hackathon impliquant architectes, urbanistes, habitant\u00b7e\u00b7s des quartiers concern\u00e9s et d\u00e9cideurs publics, pour contribuer \u00e0 r\u00e9soudre ce probl\u00e8me.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Les m\u00e9dias locaux sont par excellence<\/em><\/p>\n<p><em>les m\u00e9dias du lien social<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Ce que nous avons d\u00e9couvert l\u00e0, plus g\u00e9n\u00e9ralement, c\u2019est le virage pris par plusieurs m\u00e9dias locaux vers un journalisme d\u2019engagement, au sens o\u00f9 \u00e0 la fois le m\u00e9dia engage le public dans le projet \u00e9ditorial, mais aussi il engage conjointement le journal et ses publics vers une action de mieux-\u00eatre social. C\u2019est une tendance que l\u2019on peut observer \u00e0 la fois dans des m\u00e9dias dits pure players mais aussi dans des m\u00e9dias locaux plus anciens, qui ont profit\u00e9 de la crise li\u00e9e au virage num\u00e9rique pour se lancer dans une r\u00e9flexion introspective sur leur r\u00f4le dans la soci\u00e9t\u00e9. Le groupe Centre France, bas\u00e9 \u00e0 Clermont-Ferrand, a ainsi cr\u00e9\u00e9 r\u00e9cemment un poste de r\u00e9dacteur en chef en charge de l\u2019engagement des publics, associ\u00e9 \u00e0 une d\u00e9marche de RSE (responsabilit\u00e9 soci\u00e9tale des entreprises). Mais engager des publics, c\u2019est aussi leur demander de financer le m\u00e9dia non plus par un simple acte d\u2019achat ou d\u2019abonnement, mais par un acte d\u2019adh\u00e9sion (ou membership). Cela suppose, en retour, que le m\u00e9dia s\u2019engage \u00e0 traiter un certain nombre de questions importantes pour son public, voire \u00e0 d\u00e9fendre des causes (souvent soci\u00e9tales)\u2026<\/p>\n<p>A travers ces initiatives, nous avons aussi observ\u00e9 les grands efforts d\u00e9ploy\u00e9s par les m\u00e9dias locaux pour travailler de fa\u00e7on transparente vis-\u00e0-vis de leurs publics. L\u2019ouverture des murs de la r\u00e9daction pour inviter le public \u00e0 rencontrer les journalistes est une pratique fr\u00e9quente. Elle part du constat, exprim\u00e9 par plusieurs m\u00e9dias locaux, que la d\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019information se nourrit souvent d\u2019une ignorance, surtout chez les jeunes, de la fa\u00e7on dont se produit l\u2019information. Dans ce registre, la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision L\u00e9man Bleu, bas\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve, a d\u00e9cid\u00e9 de former des jeunes citoyen\u00b7ne\u00b7s et membres d\u2019ONG aux rudiments du journalisme (travail sur les sources, making of d\u2019un projet\u2026) afin qu\u2019eux-m\u00eames soient capables de rapporter une information. On voit l\u00e0 une conjonction entre la volont\u00e9 de transparence et de participation.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><strong>Les r\u00e9seaux sociaux peuvent-ils \u00eatre, malgr\u00e9 leurs biais, des outils au service des m\u00e9dias locaux souhaitant se rapprocher de leurs publics ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui et non. Nous avons observ\u00e9 que certains m\u00e9dias locaux, comme par exemple la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision Mat\u00e9l\u00e9 dans la province de Namur en Belgique, ont une utilisation tr\u00e8s active des r\u00e9seaux sociaux et notamment des diff\u00e9rents groupes affinitaires ou g\u00e9ographiques qu\u2019ils y trouvent, afin de mieux r\u00e9aliser leur implantation locale. D\u2019autres m\u00e9dias locaux semblent souhaiter davantage s\u2019extraire de la d\u00e9pendance \u00e0 leur \u00e9gard, en cr\u00e9ant leurs propres outils de dialogue avec le public. Pendant le confinement de mars \u00e0 mai 2020 en France, Nice Matin a ainsi lanc\u00e9 des appels aux questions des lecteurs sur le Covid-19. Les r\u00e9ponses du m\u00e9dia \u00e0 ces questions, qui arrivaient nombreuses, ont \u00e9t\u00e9 partag\u00e9es comme autant d\u2019informations sanitaires pr\u00e9cieuses face \u00e0 cette maladie alors m\u00e9connue. Elles ont connu un tel succ\u00e8s qu\u2019elles ont permis \u00e0 ce m\u00e9dia local d\u2019\u00e9tendre son lectorat bien au-del\u00e0 de la r\u00e9gion ni\u00e7oise. C\u2019est un des avantages des technologies num\u00e9riques. Pour autant, plusieurs m\u00e9dias locaux nous ont exprim\u00e9 que la crise de la diffusion papier et les restructurations \u00e9conomiques qui en ont d\u00e9coul\u00e9 depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9e avait affaibli leur ancrage local ; le maillage du territoire reste un enjeu central et la rencontre physique des gens un levier important. In fine les m\u00e9dias locaux apparaissent \u00e0 travers cette \u00e9tude comme les m\u00e9dias par excellence du lien social.<\/p>\n<p><em><strong>Cet entretien a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans le 8\u00e8me num\u00e9ro de \u00ab\u00a0M\u00e9diation\u00a0\u00bb, publication semestrielle de la Fondation Hirondelle, <a href=\"pdfviewer\/?lang=fr&amp;id=499\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00e0 lire en int\u00e9gralit\u00e9 en cliquant ici.<\/a><\/strong><\/em><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Directrice de l\u2019Acad\u00e9mie du Journalisme et des M\u00e9dias \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel, Nathalie Pignard-Cheynel\u00a0 dirige le projet LINC (Local, Innovation, News, Communaut\u00e9), qui recense les initiatives de m\u00e9dias locaux en Europe francophone pour impliquer le public dans la production de l\u2019information. Elle est \u00e9galement membre du Conseil de la Fondation Hirondelle. 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