{"id":24761,"date":"2026-03-26T11:20:00","date_gmt":"2026-03-26T10:20:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.hirondelle.org\/?p=24761"},"modified":"2026-03-26T11:28:20","modified_gmt":"2026-03-26T10:28:20","slug":"ecologie-medias-sahel-radios-adaptation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.hirondelle.org\/fr\/ecologie-medias-sahel-radios-adaptation","title":{"rendered":"\u00c9cologie des m\u00e9dias au Sahel : comment les radios s\u2019adaptent"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><a href=\"https:\/\/voice4thought.org\/laurens-nijzink\/\">Laurens Nijzink<\/a><\/strong> est journaliste ind\u00e9pendant et chercheur,\u00a0engag\u00e9 depuis de nombreuses ann\u00e9es sur les enjeux m\u00e9diatiques et sociopolitiques au Tchad et dans le Sahel. Il est r\u00e9dacteur en chef et coordinateur de plusieurs initiatives acad\u00e9miques chez <strong><a href=\"https:\/\/voice4thought.org\/\">Voice4Thought<\/a><\/strong>, une ONG n\u00e9erlandaise qui propose une plateforme de d\u00e9bats inclusifs fond\u00e9s sur une production critique de connaissances. Dans ce cadre, il a co-conduit entre juin et juillet 2025, avec la Fondation Hirondelle, une \u00e9tude sur l\u2019\u00e9cologie des m\u00e9dias au Mali.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019appuyant sur ces recherches et sur son exp\u00e9rience de terrain dans la r\u00e9gion, cet entretien dresse un tableau de la situation des radios au Sahel et met en lumi\u00e8re certaines conclusions du rapport produit avec Voice4Thought.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Quels sont aujourd\u2019hui les principaux d\u00e9fis auxquels font face les radios communautaires au Sahel ? Comment parviennent-elles \u00e0 s\u2019adapter ?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le Mali est assez repr\u00e9sentatif de la situation au Sahel. Nous avons analys\u00e9 la radio et l\u2019\u00e9cologie m\u00e9diatique dans le cadre de ce que nous appelons la \u00ab&nbsp;polycrise&nbsp;\u00bb, lorsque plusieurs crises coexistent, interagissent entre elles et se renforcent mutuellement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9fis des radios sont principalement li\u00e9s \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, un probl\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral, mais davantage visible dans le Nord. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 il y a les groupes arm\u00e9s non \u00e9tatiques, de l\u2019autre l\u2019arm\u00e9e qui les combat. La population se retrouve prise entre les deux, et les radios aussi. Cela contraint souvent les journalistes \u00e0 l\u2019autocensure, ou les r\u00e9dactions \u00e0 privil\u00e9gier les programmes culturels et artistiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a \u00e9galement une crise \u00e9conomique. Certains&nbsp;villages ou villes sont compl\u00e8tement coup\u00e9s du monde : les marchandises n\u2019arrivent plus, les ONG quittent la zone&#8230; Les radios communautaires ont du mal \u00e0 survivre financi\u00e8rement et de nombreuses personnes travaillent b\u00e9n\u00e9volement. Cette crise \u00e9conomique impacte aussi l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la formation des journalistes, faute de ressources mat\u00e9rielles et de temps. Il n\u2019y a pas v\u00e9ritablement d\u2019\u00e9coles de journalisme structur\u00e9es et la formation se fait le plus souvent par transmission d\u2019exp\u00e9rience entre les journalistes seniors et juniors.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 tous ces aspects, la radio joue un r\u00f4le majeur au Mali et conserve une position de m\u00e9dia fiable (parfois le seul !). Quand un \u00e9v\u00e9nement survient, beaucoup de personnes sont sur place avant les journalistes radio, filment avec leur t\u00e9l\u00e9phone portable et publient imm\u00e9diatement la vid\u00e9o en ligne. Mais&nbsp;beaucoup de gens attendent le bulletin d\u2019information du soir \u00e0 la radio pour comprendre ce qui s\u2019est r\u00e9ellement pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette confiance est remarquable et encourageante. Il y a des journalistes radio qui, malgr\u00e9 tous les obstacles, continuent \u00e0 travailler parce que la population compte sur eux. \u00c0 ce contexte s\u2019ajoute aussi une instabilit\u00e9 politique.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Les jeunes g\u00e9n\u00e9rations au Sahel s\u2019informent-elles davantage&nbsp;sur les r\u00e9seaux sociaux&nbsp;? Comment les radios font-elles pour continuer de toucher&nbsp;ce&nbsp;public&nbsp;?<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il existe une division claire entre les zones urbaines et rurales. Dans les zones rurales, la radio reste la principale source d\u2019information.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous constatons aussi une autre division g\u00e9n\u00e9rationnelle tr\u00e8s forte. Les jeunes consultent \u00e9norm\u00e9ment Internet en plus de la radio. C\u2019est le cas au Tchad par exemple, dans les zones rurales, les jeunes \u00e9coutent beaucoup la radio, tout en consultant aussi les r\u00e9seaux sociaux et les informations en ligne, souvent leur principale source d\u2019information. Pour les personnes plus \u00e2g\u00e9es, la radio reste centrale.<\/p>\n\n\n\n<p>Un exemple que je trouve int\u00e9ressant&nbsp;: nous avions lanc\u00e9 un appel \u00e0 candidatures dans le cadre de notre projet Bon Buzz destin\u00e9 \u00e0 des jeunes ayant un niveau licence au Tchad. \u00c0 ma grande surprise, beaucoup de personnes ont r\u00e9pondu \u00e0 cette annonce parce qu\u2019elles l\u2019avaient entendue \u00e0 la radio.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que certaines radios le fassent d\u00e9j\u00e0, mais non de mani\u00e8re structur\u00e9e, l\u2019enjeu est avant tout de collaborer avec d\u2019autres producteurs de contenus m\u00e9diatiques ou de combiner des informations provenant d\u2019Internet avec le travail traditionnel des reporters sur le terrain.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Avec l\u2019essor des outils num\u00e9riques et maintenant de l\u2019intelligence artificielle, comment les pratiques des journalistes&nbsp;\u00e9voluent-elles&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut avant tout distinguer les outils num\u00e9riques de l\u2019intelligence artificielle (IA). Les outils num\u00e9riques de production ont \u00e9norm\u00e9ment \u00e9volu\u00e9&nbsp;: aujourd\u2019hui, avec un \u00e9quipement tr\u00e8s simple, on peut produire des programmes radio de tr\u00e8s grande qualit\u00e9. En revanche, l\u2019intelligence artificielle pose d\u2019autres d\u00e9fis. De nombreux&nbsp;contenus non fiables g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par l\u2019IA circulent sur Internet. Les radios locales proposent de plus en plus des programmes de fact-checking et v\u00e9rifient les informations qu\u2019elles re\u00e7oivent.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il existe un probl\u00e8me plus profond : celui de la polarisation de la soci\u00e9t\u00e9 et de la circulation d&rsquo;informations biais\u00e9es. Elles sont plus difficiles \u00e0 d\u00e9tecter et peuvent alimenter les conflits ou renforcer les divisions.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pour cela que l\u2019\u00e9ducation aux m\u00e9dias est essentielle, d&rsquo;une part aupr\u00e8s des journalistes et des cr\u00e9ateurs des m\u00e9dias, et d&rsquo;autre part aupr\u00e8s du public.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, si les journalistes comprennent bien l\u2019\u00e9cologie des m\u00e9dias, c\u2019est-\u00e0-dire comment l\u2019information circule et qui la produit, ils peuvent analyser et contextualiser les informations qu\u2019ils re\u00e7oivent&nbsp;: d\u2019o\u00f9 vient cette information ? Quelle est la position de cette personne dans l\u2019espace m\u00e9diatique ? Quelle pourrait \u00eatre son intention ? Je pense que l\u2019analyse critique de l\u2019information reste aujourd\u2019hui le meilleur rempart face \u00e0 la d\u00e9sinformation.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Laurens Nijzink est journaliste ind\u00e9pendant et chercheur,\u00a0engag\u00e9 depuis de nombreuses ann\u00e9es sur les enjeux m\u00e9diatiques et sociopolitiques au Tchad et dans le Sahel. Il est r\u00e9dacteur en chef et coordinateur de plusieurs initiatives acad\u00e9miques chez Voice4Thought, une ONG n\u00e9erlandaise qui propose une plateforme de d\u00e9bats inclusifs fond\u00e9s sur une production critique de connaissances. 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