En 2026, le monde n’a jamais compté autant de personnes déplacées par des catastrophes ou des conflits. Mais l’action humanitaire, plus nécessaire que jamais, est de plus en plus entravée par une désinformation organisée qui vise en premier lieu les victimes. Mieux informer ces dernières, n’est-ce pas mieux les aider ?
En 2026, plus de 82 millions de personnes, soit environ 1 % de la population mondiale, sont durablement éloignées de leur foyer à cause de catastrophes, ou plus encore de conflits armés. Ce chiffre est un record historique. Nombre de catastrophes, de victimes de conflits, de personnes déplacées : tous les indicateurs montrent une montée de l’insécurité d’environ 50 % face aux événements extrêmes depuis 2020. Résurgence des impérialismes, aggravation des effets du changement climatique : les chiffres confirment ce que suggère la lecture quotidienne de l’actualité. Aujourd’hui, le monde est devenu moins sûr qu’au début de la décennie.
De ce fait, le besoin d’intervention humanitaire n’a jamais été aussi important. Et pourtant, partout dans le monde les travailleur.se.s humanitaires sont attaqués.e.s. En 2024, 385 d’entre eux ont perdu la vie, dont 231 dans la seule bande de Gaza. Ces crimes de guerre, qui restent choquants, sont devenus une pratique courante. Lorsqu’ils échappent à la mort, les travailleur.se.s humanitaires sont tout autant blessé.e.s, enlevé.e.s, menacé.e.s… Une désinformation croissante, souvent organisée, se répand à leur encontre et mine la confiance que leur portent les populations victimes. Dans l’édition 2026 de son Rapport annuel sur les catastrophes dans le monde, la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge estime que les « informations préjudiciables » sont un fléau généralisé sur tous ses théâtres d’intervention. La confiance, insiste-t-elle, se construit dans la constance de l’action et dans le temps auprès de populations vulnérables que cette désinformation cherche encore davantage à désorienter.
A l’heure des communications numériques généralisées, il semble acquis que la désinformation est devenue une arme de déstabilisation : 65 % de la population mondiale redoute une campagne de désinformation étrangère pour influencer le cours des prochaines élections dans leur pays. Ces campagnes sont d’autant plus efficaces que les outils les plus populaires de circulation de l’information, réseaux sociaux ou applications de messagerie, favorisent des groupes affinitaires entre utilisateur.rice.s qui ont de moins en moins de distance critique face à ce qui s’affiche sur leurs écrans. Désamorcer ces rumeurs qui se répandent pour détruire la cohésion des sociétés est une tâche complexe qu’un journalisme de proximité et fidèle à ses valeurs peut aider à accomplir. Face aux pratiques de guerre hybride qui mettent autant les populations en danger physique qu’elles sèment le chaos dans leurs représentations mentales, l’information fiable et locale reste un des principaux remparts à ériger.
Ce texte est tiré du 17ème numéro du Médiation « L’information, rempart humanitaire contre la guerre hybride », que vous trouverez attaché en haut de cet article ou ici.
