
Médecin burkinabè et spécialiste en santé publique au Burkina Faso, le Dr Karim Kombassere a répondu à nos questions sur le rôle de l’information dans la prévention santé au Sahel.
Pourquoi les médias jouent-ils un rôle particulier dans la prévention en matière de santé ?
Des institutions comme l’OMS diffusent des informations fiables et scientifiques, mais encore faut-il qu’elles atteignent les populations. Dans notre région sahélienne, peu de personnes consultent directement les pages de l’OMS, alors que la radio touche un public beaucoup plus large. Le rôle des médias est donc essentiel : ils permettent d’adapter l’information au contexte local, d’utiliser des termes compréhensibles et, souvent, de s’adresser aux populations dans leur langue. Cette proximité facilite la compréhension et permet à l’information de mieux circuler.
Prenons l’exemple du paludisme. Chez nous, certaines personnes disent encore que manger des arachides fraîches ou du maïs frais peut provoquer le paludisme. Lorsqu’un spécialiste intervient pour expliquer que la maladie est en réalité transmise par les moustiques, notamment l’anophèle, cela permet de corriger une idée reçue et de mieux comprendre les vrais moyens de prévention. L’information peut ensuite circuler d’une personne à l’autre : il y a un véritable effet boule de neige.
Je pense aussi à la Covid, une période marquée par beaucoup de fausses informations. Lorsqu’un spécialiste intervient à la radio pour expliquer clairement comment la maladie se transmet et quelles sont les mesures de prévention, cela permet de donner aux populations des repères fiables, contrairement à certaines informations diffusées sur les réseaux sociaux sans fondement scientifique.
Pourquoi est-il important, en matière de santé, de pouvoir identifier un média de confiance ?
Aujourd’hui, l’un des principaux enjeux est de savoir d’où vient l’information. Qui l’a donnée ? Par quel canal ? Si je sais qu’une information vient d’une radio reconnue comme fiable, je vais la prendre plus au sérieux que si elle circule sur une page dont on ne connaît ni l’auteur ni la source. C’est pour cela qu’un média doit se positionner comme une source de référence. Les populations doivent savoir que, lorsqu’elles cherchent une information fiable, elles peuvent se tourner vers lui. Mais cette confiance se construit dans le temps : un média qui relaie des rumeurs ou de la désinformation perdra rapidement sa crédibilité.
« Les populations doivent savoir que, lorsqu’elles cherchent une information fiable, elles peuvent se tourner vers lui. »
Un média crédible ne doit pas non plus chercher à jouer sur l’émotion simplement pour attirer l’attention. Il ne s’agit pas d’être le premier à publier, mais de donner l’information la plus juste et la mieux vérifiée possible. Au Sahel, les médias, et notamment la radio, ont longtemps joué ce rôle de repère. Avant même l’arrivée d’Internet, on écoutait la radio pour s’informer sur la santé, l’économie ou la vie quotidienne. Cette relation de confiance reste essentielle aujourd’hui.
Au-delà de la prévention individuelle, quel impact une meilleure information peut-elle avoir sur le système de santé ?
Plus les populations sont bien informées sur la santé et les comportements préventifs, plus elles ont tendance à consulter tôt et à adopter les bons réflexes. Cela permet de prévenir certaines maladies et d’alléger la charge qui pèse sur le système de santé. Les médias peuvent aussi contribuer à renforcer la surveillance épidémiologique : si les personnes identifient plus rapidement les symptômes et consultent plus tôt, cela facilite les diagnostics et la prise en charge.
Enfin, les médias ont également un rôle de plaidoyer. Ils peuvent sensibiliser les décideurs, mettre en lumière certains besoins et contribuer à mobiliser des ressources. Ils constituent à la fois un espace d’information pour les populations et un espace de dialogue capable de toucher largement la société.
