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Le photojournaliste Mahmoud Abu Zeid, dit Shawkan, emprisonné depuis 3 ans en Egypte pour avoir fait son travail ©AFP Le photojournaliste Mahmoud Abu Zeid, dit Shawkan, emprisonné depuis 3 ans en Egypte pour avoir fait son travail

Une analyse de François Sergent, Rédacteur en chef de JusticeInfo.net, le site d'information de la Fondation Hirondelle sur la justice et les processus de réconciliation, à l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 Mai 2018 :

Dans le plus grand livre sur la justice, Franz Kafka fait dire à Mademoiselle Burstner, une amie de Joseph K : “ les histoires de justice m’intéressent énormément. La justice a une étrange puissance de séduction, ne trouvez-vous pas ? “

Terrible ironie quand on le sait ce que ce procès devient, symbole de tous les totalitarismes et tyrannies.

En d’autres termes, la justice comme la liberté de la presse sont de bons indicateurs des libertés dans un pays. Rituellement, l’ONU célèbre ainsi le 3 mai la liberté de la presse pour une journée, précisant cette année sa cible sur le thème, « Médias, justice et Etat de droit : les contrepoids du pouvoir ».

Il est juste de rapprocher ainsi justice et médias. Même si leurs pratiques et fonctionnement ne sont pas les mêmes. Un journaliste ne doit pas être un juge. Même si l’un et l’autre doivent respecter les droits des victimes mais aussi des accusés et présumés coupables.

Au sein de la justice, la justice transitionnelle que notre site JusticeInfo.net entend suivre éclaire bien l’aspect fondateur et primordial de l’Etat de droit.

Justice, travail de mémoire, réparations, procès équitables doivent permettre à des communautés divisées par l’horreur des crimes contre l’humanité, d’un génocide ou d’une dictature de revivre ensemble. Le chemin vers la réconciliation est ardu, sinueux mais nous pensons que les médias peuvent aider à mener cette route.

Deux obstacles menacent toujours.

Les atteintes à la liberté de la presse qui n’ont jamais été aussi fréquentes et partagées du Nord au Sud. Le journaliste est souvent le premier à payer lorsque les libertés sont violées. La presse est devenue ainsi l’accusée permanente du Président des Etats-Unis alors que du Myanmar à l’Egypte, du Burundi à la Hongrie, de Malte à l’Afghanistan – liste malheureusement non exhaustive-, des dizaines de journalistes son empêchées de faire leur travail. Menacés. Assassinés.

Deuxième obstacle, l’indifférence. Et là, nous devons tous plaider coupables. Indifférence aux processus de réconciliation, au lent travail de vérité des Commissions Justice et Vérité, aux longs procès de la CPI, jugés pas assez spectaculaires ou sexy, pour avoir le droit aux journaux papier, aux réseaux sociaux, aux sites. Pas assez séduisants, comme dirait Mlle Burstner.

Modestement mais opiniâtrement, nous essaierons à JusticeInfo.net à faire mentir cette fatalité et cette malédiction. Les histoires de justice nous intéressent énormément.