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Ekhlas Bajoo, une militante Yazidi à l'ONU en 2017. "les victimes de la minorité yazidi ont expliqué que pendant leur esclavage, les gens de Daech leur disaient qu’ils allaient leur faire un bébé Daech pour détruire leur communauté" ©ONU Ekhlas Bajoo, une militante Yazidi à l'ONU en 2017. "les victimes de la minorité yazidi ont expliqué que pendant leur esclavage, les gens de Daech leur disaient qu’ils allaient leur faire un bébé Daech pour détruire leur communauté"

 Dans la plupart des conflits actuels, le viol est utilisé comme arme de guerre pour terroriser l’ensemble d’une communauté. Pour y faire face, l’ONG suisse TRIAL International a réuni le mois dernier à Genève les représentants d’une trentaine d’ONG pour qu’elles apprennent à partager leurs compétences et à collaborer. L’objectif: mettre fin à l’impunité qui couvre les responsables de ces atrocités, comme en Syrie, en Birmanie, en République démocratique du Congo ou en Libye. Un article de Frédéric Burnand publié par JusticeInfo.net, le site web de la Fondation Hirondelle consacré à l'actualité et aux questions de justice et réconciliation.

«Aujourd’hui, il n’y a pas un seul conflit dans le monde où le viol n’est pas utilisé. Le viol est une arme de guerre extrêmement efficace. C’est une arme à déflagrations multiples qui frappe la victime, sa famille et sa communauté. Et elle est d’autant plus utilisée que l’impunité reste la règle pour les auteurs de ces atrocités.» C’est le constat que dresse Céline Bardet, fondatrice de l’organisation non gouvernementale (ONG) «We are not weapons of war». Avec une cinquantaine d’autres activistes, elle participait à une rencontre organisée par TRIAL International le 18 et 19 juin dernier à l’occasion des15 ans d’existence de l’ONG suisse.

Susannah Sirkin, de l’ONG Physisians for human rights, abonde: «La première chose à faire, c’est de la prévention. Et l’une des voies à suivre consiste à mettre fin à l’impunité de ceux qui commettent ces crimes et ceux qui organisent ces campagnes de violences sexuelles. Si l’impunité est totale comme en Syrie ou en Birmanie, cela encourage les violeurs y compris dans les autres pays en guerre.»

Pour briser cette loi du silence, les ONG engagées dans ce combat cherchent à fédérer leus compétences, comme l’explique Susannah Sirkin: «Chaque organisation a son rôle. Le but est que chacune sache ce que fait l’autre pour mieux se coordonner et agir sur le terrain. Nous, les ONG internationales, sommes peut-être les facilitateurs des communautés locales. Mais ce sont bien elles et d’abord les victimes qui doivent rester maitres des initiatives prises.»  

Si les personnes présentes à Genève s’accordent à dire que les violences sexuelles tendent à se généraliser dans les guerres, aucune étude internationale ne permet de prendre la mesure exacte de ce fléau. On estime cependant que plus de 20 000 femmes ont été violées durant les guerres dans l’ex-Yougoslavie (1992-1995). Et plus d’un million de femmes l’ont été en République démocratique du Congo depuis le milieu des années 90, à l’occasion de guerres à répétition dans plusieurs régions de cet immense pays. Rien qu’en 2017, l’ONU rapporte 5'783 cas en RDC, les chiffre réels étant probablement bien plus élevés.

Les viols à l’encontre des hommes

Mais c’est la Lybie qui présente la situation la plus extrême. «Ce qui exceptionnel en Libye, c’est que le viol a été utilisé de manière quasi systématique à différentes périodes : pendant le règne de Kadhafi, pendant la révolution et actuellement où le viol est utilisé de façon systématique dans les prisons. C’est devenu un moyen de revanche pratiqué par toutes les parties et qui vise surtout les hommes», témoigne Céline Bardet. Mais que sait-on au juste des motivations des auteurs de ces crimes ?

Susannah Sirkin précise: «Les nombreux témoignages recueillis évoquent les menaces proférées par les auteurs que ce soit des chefs de milice ou de forces armées. S’en dégage la volonté de détruire un groupe en changeant l’identité de la prochaine génération. Comme au nord de l’Irak, les victimes de la minorité yazidi ont expliqué que pendant leur esclavage, les gens de Daech leur disaient qu’ils allaient leur faire un bébé Daech pour détruire leur communauté. Ce qui illustre le caractère génocidaire de ces viols», En Bosnie également, les tortionnaires serbes disaient aux femmes bosniaques qu’ils allaient leur faire un bébé serbe, raconte Susannah Sirkin en citant des campagnes similaires au Soudan dans la région du Darfour, il y a plus de 10 ans. «Mais dans la majorité des cas tels que nous les connaissons, le viol est utilisé pour terroriser et faire fuir une population entière. Et ce dans le cadre d’une opération de nettoyage ethnique», souligne-elle.

De trop rares procès

Si les tribunaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda ont condamné des criminels de guerre pour viols systématiques, la Cour pénale internationale n’a pu condamner quiconque pour de tels crimes, le premier procès de cette juridiction contenant des plaintes pour viol à l’encontre du congolais Jean-Pierre Bemba avant été perdu en appel au début du mois.