« Nous donnons la parole à des personnes souvent ignorées »

Mary Nounou, 29 ans, auditrice des radios Zereda et Ndeke Luka à Obo, au sud-est de la République Centrafricaine. Mary dit préférer suivre les informations à la radio plutôt que d’écouter les rumeurs. ©Gwenn Dubourthoumieu / Fondation Hirondelle

A quels enjeux l’Union européenne (UE) est-elle aujourd’hui confrontée en matière d’aide humanitaire ?

Hadja Lahbib: Depuis l’année dernière, nous assistons à des coupes importantes dans l’aide humanitaire, surtout de la part des États-Unis. Parallèlement, le droit international humanitaire est régulièrement bafoué, ce qui entrave l’accès à l’aide et met les travailleur.se.s humanitaires en danger. Enfin, la désinformation est utilisée comme une arme en situations de conflits. Cela sape les efforts humanitaires et induit en erreur les populations auxquelles ils s’adressent.
L’une de nos priorités est de lutter contre ces discours préjudiciables. Pour ce faire, nous diffusons des informations précises et fiables sur notre action dans tous les domaines. La promotion des activités de nos partenaires renforce leur visibilité et contribue à contrer les fausses informations. Un exemple : en collaboration avec l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, nous avons conçu un outil numérique pour mettre en valeur les informations fiables sur les plateformes. Cet outil aide les travailleur.se.s humanitaires à repérer et à contrer la désinformation, notamment sur les personnes déplacées et apatrides.

Comment vous assurez-vous de respecter la dignité et l’autonomie des bénéficiaires de l’aide humanitaire ?

Tout ce que nous faisons repose sur le respect des personnes que nous aidons. En tant que donateur, nous avons la responsabilité de financer l’action humanitaire, mais aussi de faire évoluer la manière dont cette action est communiquée. Les bénéficiaires ne doivent pas être considéré.e.s comme des victimes passives, mais plutôt comme des narrateur.rice.s. Dans notre communication, nous nous efforçons de présenter des récits personnels qui mettent en lumière non seulement les difficultés auxquelles ces personnes sont confrontées, mais aussi leur force et la manière dont elles vont de l’avant grâce au soutien de l’UE. Nous les présentons comme des êtres humains dotés de dignité et de résilience, car c’est ce qu’ils et elles sont.
Cela implique de faire entendre des voix, des points de vue locaux. Surtout en zones de crise, où les récits sont souvent dominés par des acteurs extérieurs. Nous veillons à écouter, à faire en sorte que les personnes touchées par ces crises puissent partager leurs expériences avec leurs propres mots. Avec leur consentement, nous mettons en avant les voix de personnes souvent ignorées. Le soutien aux médias locaux doit aussi faire partie de la solution. Cela implique de nouer des partenariats à long terme qui vont au-delà de la simple visibilité.

Qu’est-ce que l’UE gagne à donner la parole aux personnes qui ont besoin d’aide ?

En partageant des témoignages recueillis sur le terrain, nous contribuons à rendre notre action humanitaire plus compréhensible pour le grand public. Quand on parle de crises, on est submergé de chiffres. Au Soudan par exemple, 13 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer. Mais que signifie réellement ce chiffre ? Il est trop vaste pour qu’on puisse le comprendre, trop lointain pour qu’on puisse le ressentir. On oublie que chaque personne concernée est un visage, un nom, un être humain. Car au fond, ce ne sont pas les chiffres qui nous touchent, mais les histoires personnelles.
Ces témoignages révèlent également autre chose : dans un monde marqué par des crises de plus en plus nombreuses et un recul des engagements, l’UE est toujours présente, active et efficace. Nos partenaires sur le terrain le savent. Les personnes que nous aidons le savent. Et les citoyen.ne.s européen.ne.s méritent de le savoir eux aussi, car ce travail est accompli en leur nom. L’UE est un acteur humanitaire fiable. Nous défendrons toujours le droit international humanitaire. C’est notre responsabilité, et c’est une promesse qui mérite d’être tenue.

*Extraits d’une interview initialement publiée dans Voice of Loud n° 39 (VOICE, Bruxelles, septembre 2025)

Ce texte est tiré du 17ème numéro du Médiation « L’information, rempart humanitaire contre la guerre hybride », que vous trouverez attaché en haut de cet article ou ici.