Un journalisme au plus proche des personnes et de la réalité

Une maraîchère du barrage de Tanghin à Ouagadougou au Burkina Faso interrogée par Faïshal Ouédraogo, journaliste à Studio Yafa sur l’utilisation de l’engrais bio dans la culture maraichere. © Philippe Zoundi / Fondation Hirondelle.

Adam’s Kaled Ouedraogo, rédacteur en chef, et Samiratou Guiré-Ilboudo, coordinatrice de l’émission humanitaire « Faso Yafa », présentent le travail de Studio Yafa en matière de lutte contre la désinformation et d’aide aux personnes déplacées au Burkina Faso.

Quelle est la place de la désinformation dans le paysage médiatique actuel au Burkina Faso ? Quelles réponses Studio Yafa essaie-t-il d’apporter ?

Adam’s Kaled Ouedraogo : Sur les réseaux sociaux, la désinformation est si massive et si bien articulée qu’il est difficile de croire que c’est le fruit du hasard. Par exemple plusieurs séries de messages ont annoncé des fausses nouvelles sur l’actualité politique ivoirienne. On sent qu’il y a du travail derrière, avec des fausses images crédibles, très bien faites. On voit aussi apparaître des vidéos de rues bien aménagées, très éclairées, supposément situées dans un pays alors que les images sont filmées dans un autre. Au Burkina Faso, Facebook est le réseau social le plus utilisé. WhatsApp également, de plus en plus, surtout grâce à sa fonctionnalité de partage des messages vocaux, qui facilite la diffusion de contenus auprès de personnes peu alphabétisées, notamment dans les campagnes.
Pour répondre à cette situation, nous avons créé une capsule audio de fact-checking diffusée tous les mercredis, « Yafa Vesgo ». Vesgo signifie « enquêter, chercher à comprendre » en mooré, langue la plus parlée au Burkina Faso. Nous donnons aux auditeur.rice.s les outils pour pouvoir vérifier l’information. Nous leur disons : avant de liker, de partager, il faut s’assurer que le contenu du post est bien vrai. Nous produisions « Yafa Vesgo » avec le média de fact-checking Fasocheck,. Et nous travaillons actuellement à la création de capsules de fact-checking vidéo destinées à être diffusées sur les réseaux sociaux.

Le Burkina Faso connaît une crise faite d’attaques terroristes et de conflits qui s’est traduite par des milliers de morts et un très grand nombre de déplacé.e.s internes depuis 2015. La désinformation atteint-elle particulièrement les communautés affectées ?

Adam’s Kaled Ouedraogo : Très souvent, quand il y a une fausse information, il y a la volonté de manipuler. Cela ne peut que créer des préjudices à toutes les personnes qui absorbent cette désinformation. Mais les personnes qui n’ont pas beaucoup l’habitude des médias d’information peuvent plus facilement être trompées, car elles croient en général que ce qui se trouve sur les réseaux sociaux est vrai.
Samiratou Guiré-Ilboudo : Les personnes déplacées sont parfois soumis.e.s à des informations préjudiciables selon lesquelles il faut payer pour obtenir de l’aide. Ce sont le plus souvent des personnes mal intentionnées qui se font passer pour des agents de l’action sociale d’Etat ou d’organisations humanitaires, et qui profitent de la vulnérabilité de ces populations. « Faso Yafa », l’émission humanitaire que je coordonne, conseille aux personnes déplacées de ne pas payer et de se rendre directement au service d’aide concerné pour obtenir la vraie information. C’est une émission hebdomadaire de 30 min, qui fournit des informations utiles aux personnes déplacées internes. Lorsque ces personnes arrivent dans un lieu d’accueil, elles ne savent pas où obtenir un abri d’urgence, quelles ONG contacter pour avoir quelle aide, comment obtenir un accompagnement de l’Etat… « Faso Yafa » produit des émissions sur ces thématiques. Une fois par mois, l’émission est enregistrée au plus proche du terrain dans 9 régions du pays, pour rencontrer les gens, les écouter et les aider à s’orienter. Nous traitons de la prise en charge psycho-sociale des déplacée.e.s, invitons des psychologues, qui échangent avec elles et leur fournissent des informations pratiques. Après l’écoute des émissions, beaucoup de déplacé.e.s se tournent vers des structures sanitaires car ils vivent des situations de traumatisme. Ils n’arrivent plus à dormir, à travailler, ils n’ont plus goût à la vie du fait de toutes les atrocités qu’ils ont vues. Parce qu’elles sont produites sur place, les informations diffusées par « Faso Yafa » contribuent autant à juguler la désinformation qu’à rendre service aux personnes déplacées.

Ce texte est tiré du 17ème numéro du Médiation « L’information, rempart humanitaire contre la guerre hybride », que vous trouverez attaché en haut de cet article ou ici.