Photo : un journaliste de Radio Ndeke Luka couvre la cérémonie d’investiture du président de la République à Bangui, le 30 mars 2026.© Radio Ndeke Luka
En décembre 2025, la République centrafricaine a organisé un quadruple scrutin — présidentielle, législatives, régionales et municipales — une première depuis près de 40 ans. Pendant plus de trois mois, Radio Ndeke Luka (RNL) a suivi ce processus de bout en bout, du lancement de la campagne le 16 décembre jusqu’à l’investiture du président le 30 mars à Bangui.
Brice Landry Ndangui, rédacteur en chef de RNL, dresse un bilan de cette couverture.
Comment Radio Ndeke Luka s’est-elle préparée à couvrir ces élections, et quel bilan de cette couverture médiatique tirez-vous aujourd’hui après l’investiture du 30 mars ?
Radio Ndeke Luka n’a pas attendu la convocation du corps électoral pour se préparer à la couverture du processus électoral dont le second tour est prévu fin avril. La préparation a commencé dès l’adoption du chronogramme avec un plan de couverture en trois étapes : la période pré-électorale, la période de campagne électorale jusqu’au vote et la période post-électorale. Toutes nos équipes (rédaction, programmes, technique et cellule de fact-checking) ont été mobilisées pour ce travail.
Concernant la période pré-électorale, nous avons mis en place des sensibilisations à l’antenne sur les différentes étapes, notamment la publication de la cartographie électorale, le recensement des électeurs, l’importance de la participation des jeunes, des femmes, des minorités, etc. Nous avons aussi mis un accent particulier sur l’éducation aux médias et la lutte contre la désinformation. Nous avons reçu beaucoup de retours positifs des auditeurs et de certains partenaires.
Durant la période de campagne, nous avons proposé une couverture impartiale et indépendante en donnant la parole de manière équilibrée et équitable à tous les candidats à la présidentielle. Ceci, grâce à un dispositif interne déployé pour cette opération, particulièrement l’élaboration d’une grille spéciale et d’une charte couvrant toute la période de la campagne jusqu’au jour du vote.
La dernière étape consiste en la publication des résultats provisoires par l’Autorité nationale des élections et des résultats définitifs par le Conseil constitutionnel. Aujourd’hui, le premier tour est complètement bouclé avec l’élection du président et son investiture ce 30 mars à Bangui.
En ce qui nous concerne, le bilan est positif malgré les nombreux défis auxquels RNL et les médias de manière générale étaient confrontés.
Pourquoi est-il important qu’un média indépendant couvre les élections dans le contexte de la RCA ? Et quels étaient les principaux enjeux à couvrir ?
La RCA a traversé près d’une décennie de graves crises politiques, militaires et humanitaires. Des élections crédibles sont le fondement de la légitimité de l’État, du sommet à la base. Les élections représentent l’un des socles de la démocratie, du dialogue et de la paix. Les citoyens ont besoin des médias qui donnent des informations fiables et crédibles, qui rencontrent leurs attentes. Pour y répondre, il faut un média indépendant, impartial et crédible. C’est le rôle que Radio Ndeke Luka et la Fondation Hirondelle jouent en RCA. La neutralité de la radio et de ses journalistes a contribué à renforcer la confiance du public dans les médias à travers le pays.
Il faut reconnaître que RNL a fait face pour la première fois à une opération aussi complexe et délicate : ce quadruple scrutin a été un test grandeur nature pour les années à venir. C’est une première depuis près de 40 ans que la RCA a organisé des élections groupées de ce type.
Comment RNL a-t-elle organisé la couverture pour garantir l’impartialité et donner la parole à tous les candidats ?
Nous avons mis en place un dispositif qui a permis de rester professionnel et impartial. Ce dispositif comprend une grille spéciale élection, la mise en place d’une charte électorale et des dispositions techniques adaptées.
Ce dispositif, validé par le Haut Conseil de la Communication, a été présenté aux candidats, à leurs représentants, aux partis politiques ainsi qu’à la société civile et aux organisations professionnelles des médias. Chaque entité a reçu un exemplaire de notre Charte électorale. Toutes les équipes de RNL ont été sensibilisées sur l’importance du dispositif et sur la nécessité de respecter les consignes données.
Ainsi, tous les candidats sont passés dans nos différents programmes à l’antenne et sur nos supports numériques. Pour la première fois depuis son accession à la magistrature suprême de l’Etat en République centrafricaine, le président Faustin Archange Touadera s’est prêté à cet exercice comme les autres candidats. Il s‘est rendu à deux reprises à la radio où il a passé plus de 3 heures pour le premier passage.
Pour les législatives, municipales et régionales, il était impossible d’accorder un temps d’antenne individuel à des milliers de candidat·es. Nous avons donc assuré une couverture globale, sur chaque localité, grâce à l’appui de nos correspondants en région et des équipes à Bangui.

Quelles mesures ont été mises en place pour garantir l’indépendance des journalistes ? Quels défis avez-vous rencontrés sur ce plan ?
Tous les journalistes et correspondants ont été formés sur la couverture des élections avec un accent sur la lutte contre la désinformation et l’éducation aux médias. Plusieurs séances d’échanges et de sensibilisation ont eu lieu sur la charte électorale et le Code éthique et déontologique de la Fondation Hirondelle de manière à garantir une couverture neutre, transparente et professionnelle.
Le principal défi est venu du respect de ces consignes par les candidats, leurs représentants ou leurs formations politiques. Certains tentaient d’imposer leur volonté ou de nous dicter la conduite à tenir, ce qu’ils n’ont jamais eu l’occasion de faire grâce au travail rigoureux de nos équipes.
L’autre défi était celui des ressources humaines, limitées face à l’ampleur d’une telle couverture. C’est pourquoi la rédaction s’est focalisée sur des sujets jugés importants, par rapport à leur intérêt pour le public.
Durant la campagne, les scrutins, puis la retransmission en direct de l’investiture, combien de journalistes ont été mobilisés et quels ont été les principaux défis techniques ?
Au total, une cinquantaine de journalistes et technicien·nes à Bangui, et plus d’une quarantaine de correspondant·es à travers le pays ont été mobilisé·es pour la campagne et le jour du vote. Pour la cérémonie d’investiture, 10 journalistes et technicien·nes ont assuré le direct depuis le stade, en plus d’une forte équipe mobilisée à l’antenne et dans la capitale pour des reportages.
Les principaux défis ont résidé dans la tenue du direct à l’antenne tout en assurant le bon fonctionnement du dispositif initialement prévu. Le jour du vote, nous avons eu des retours formidables sur le dispositif technique. En revanche, pendant la cérémonie d’investiture, quelques problèmes intermittents ont marqué la diffusion du direct. Cela s’explique d’une part par les mesures sécuritaires contraignantes sur les lieux de la cérémonie et d’autre part par une panne qui a affecté nos installations dans la matinée de l’évènement.
Avez-vous eu des retours de la part des auditeur·ices électeur·ices sur le rôle de RNL dans leur compréhension des enjeux des scrutins ?
Nous avons eu des retours positifs allant dans ce sens, non seulement de la part des auditeur·ices à travers le pays mais aussi de certains de nos partenaires. Un sondage est actuellement en cours dans le but d’avoir des données documentées. Nous aurons l’occasion d’en partager les résultats le moment venu.
Pour continuer à suivre les élections en RCA, rendez-vous sur Radio Ndeke Luka.
