L’information face au défi de l’intelligence artificielle

Déjà présente dans la production et la consultation des informations, l’intelligence artificielle a fait un saut qualitatif en 2022 avec l’arrivée de l’IA générative grand public. Propice à la réalisation et à la diffusion massives de contenus vrais ou faux mais souvent vraisemblables, celle-ci amène les journalistes à vouloir encadrer son usage individuel et collectif.

L’intelligence artificielle générative grand public a trois ans. Depuis la mise en ligne gratuite de ChatGPT par Open AI en novembre 2022, son usage est devenu massif. Elle est capable de produire tout type de contenus de synthèse à partir d’éléments déjà en ligne, combinant formats texte, visuel, audio ou vidéo. C’est un outil de production inouï et à moindre coût monétaire, mais quel est sa pertinence pour un public en recherche d’informations, et pour des journalistes censés livrer une image fidèle de la réalité ?

Quels que soient ses modèles (l’étasunien Open AI, le chinois DeepSeek, le suisse Apertus…), les réponses de l’IA générative dépendent largement de la requête qui lui est faite, du corpus dont elle se nourrit, et de l’algorithme qui va guider son choix dans ce corpus. Dans ce fonctionnement où les cultures majoritaires en ligne sont favorisées, il est autant possible de s’informer que de travestir vraisemblablement la réalité. Dès l’année 2023, les exemples ont été nombreux de campagnes de désinformation reposant sur un usage de l’IA générative orienté vers la tromperie, afin de discréditer des personnes, des organisations ou d’influencer le cours d’élections.

Très vite, les journalistes ont compris l’importance du phénomène, de son potentiel mais aussi de la menace qu’il fait peser sur la crédibilité de leur production. A l’initiative d’ONG comme Reporters sans frontières, ils ont établi des chartes ou des modèles pratiques encourageant un usage de l’IA qui respecte la fiabilité et la transparence de l’information. C’est un premier pas important. Mais l’intelligence artificielle peut-elle faire mieux ? De même qu’elle a
le pouvoir de générer des deep fakes à l’infini, peut-elle favoriser la production et la diffusion massives d’informations de qualité accessibles au public le plus large ? Si oui, à quelles conditions techniques ? Quels investissements privés et publics cela requiert-il ? Et dans quelles limites énergétiques cela peut-il se produire ?

Ces questions, qui recoupent largement celles d’une réglementation encore balbutiante, sont ambitieuses. Mais si elles restent sans réponse, l’alternative est sombre : une intelligence artificielle nourrie principalement de diverses formes de mésinformation, qui en viendrait à faire grossir la spirale du chaos informationnel et finalement de la discorde sociale, plus encore dans des sociétés fragilisées. Pour échapper à cette perspective il nous semble utile, dans ce numéro de Médiation, de mettre en dialogue la réflexion de la Fondation Hirondelle avec celle d’expertes d’une IA au service d’une information d’intérêt général, au Sud comme au Nord.

Cet article est tiré du 16ème numéro du Médiation « L’information face au défi de l’intelligence artificielle », que vous trouverez attaché en haut de cet article ou ici.