
Pour encadrer l’usage de l’intelligence artificielle au sein de ses rédactions, la Fondation Hirondelle a adopté une directive. Jacqueline Dalton, responsable éditoriale, revient sur la position de l’organisation et les principes qui la guident.
Pourquoi la Fondation Hirondelle a-t-elle ressenti le besoin de réfléchir à l’IA ?
Jacqueline Dalton : La réflexion a commencé avec la prolifération d’agents conversationnels comme ChatGPT et d’outils génératifs d’images et de vidéos. Notre première étape a été de comprendre à la fois les opportunités et les risques que ces technologies représentent pour le journalisme, en particulier dans des contextes fragiles. L’IA peut amplifier la désinformation ; nous avons donc voulu garantir que tout usage au sein de nos médias soit transparent et responsable. La confiance est au coeur de notre relation avec le public : il est donc essentiel d’être clair sur la manière et les moments où l’IA est utilisée.
Quelles étaient les principales interrogations concernant son utilisation ?
Les outils d’IA promettent efficacité et économies, mais comportent aussi des risques majeurs, contraires à notre volonté de produire une information indépendante, fiable et de proximité. Par exemple, nous avons envisagé d’utiliser des voix générées par IA pour lire à l’antenne les « annonces communautaires », un espace où sont diffusés des messages rédigés par des particuliers ou des petites entreprises. Si cette idée semblait pratique et un gain de temps, nous avons compris qu’elle nuirait à l’authenticité qui fait la force de nos médias. Nos auditeurs s’attachent à des voix humaines qu’ils connaissent et en qui ils ont confiance. Une voix artificielle affaiblirait ce lien.
Par ailleurs, les outils d’IA comportent de nombreux biais : ils produisent des réponses vraisemblables, mais pas forcément vraies, et reflètent les biais culturels des contenus qu’ils absorbent en ligne.
Cet extrait est tiré du 16ème numéro du Médiation « L’information face au défi de l’intelligence artificielle », que vous trouverez attaché en haut de cet article ou ici.
