L’IA, un changement radical dans l’écosystème d’informations

Urvashi Aneja dirige à Goa le Digital Futures Lab, groupe de réflexion travaillant à un « avenir où la technologie est au service de tou.te.s, et non d’une minorité ». Elle explique comment l’IA transforme la diffusion de l’information en Inde, soulignant son potentiel et ses écueils.

Les chiffres montrent que l’accès aux actualités via l’IA suscitent un vif intérêt en Inde. Quelles opportunités l’IA offre-t-elle pour la diffusion de l’information dans ce pays ?

Urvashi Aneja : Elle offre une opportunité considérable sur la diversité linguistique. Ces outils permettent aux personnes qui ne parlent pas les langues dominantes d’accéder à l’actualité dans leur langue locale, ce qui est très important car l’Inde compte plus de 200 langues. Néanmoins, ces outils sont encore loin d’être performants dans toutes ces langues. Un autre aspect concerne l’alphabétisation : une grande partie de la population indienne est peu alphabétisée. Le fait que ces outils soient désormais accessibles dans des formats multimédias offre de nouvelles possibilités aux personnes qui veulent interagir avec l’information, même si elles ne sont pas très alphabétisées. Elles peuvent ainsi être auditrices ou spectatrices, mais aussi productrices de contenus d’information sous différents formats. Troisièmement, l’IA réduit les coûts de production de l’information. Il n’est plus nécessaire de disposer d’un grand studio ou d’une grande équipe. Une seule personne peut filmer un reportage, enregistrer des interviews, les monter et les publier. Bien sûr, il était déjà possible avant l’IA de produire une vidéo seul.e et de la diffuser sur une plateforme. Mais l’IA a rendu ces actions beaucoup plus faciles pour les particuliers ou les très petits médias. Et la baisse des coûts de production signifie que beaucoup plus de voix, de régions géographiques et de points de vue ont la possibilité d’être représentés, ce qui n’est pas le cas lorsque l’industrie de l’information est plus monolithique et centralisée.

Quels sont les principaux risques liés à l’utilisation de l’IA dans l’information ?

Le principal risque concerne la désinformation et les fausses informations, avec la facilité croissante de créer des contenus trompeurs. Le problème est que bon nombre des outils techniques mis en place pour authentifier les contenus, tels que les filigranes ou les tatouages numériques, s’avèrent vite inopérants. Il est donc difficile d’aider les gens à distinguer le vrai du faux. En outre, la qualité des informations produites par les organes de presse traditionnels a baissé, pour diverses raisons, notamment parce que leurs revenus publicitaires sont décimés par les réseaux sociaux et désormais plus encore par l’IA générative. Aujourd’hui, la plupart des jeunes en Inde ne lisent plus les journaux et ne consultent même plus les sites d’information. Beaucoup se contentent de lire les résultats générés par l’IA. Or, la fiabilité de ces résultats est de plus en plus faible. Si nous ne résolvons pas ce problème, les États pourraient adopter des réglementations très strictes qui pourraient avoir un impact négatif sur la liberté d’expression, ou encore laisser les plateformes de réseaux sociaux devenir les arbitres chargés de vérifier l’exactitude des informations. […]

Cet extrait est tiré du 16ème numéro du Médiation « L’information face au défi de l’intelligence artificielle », que vous trouverez attaché en haut de cet article ou ici.